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Le Doliprane sous drapeau américain ?

Du rififi chez Sanofi

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Mise à jour le 23 octobre 2024
Temps de lecture : 4 minutes

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Santé Gouvernement

Le 10 octobre, le journal Les Échos rapportait que Sanofi vendrait Opella au fonds américain CD&R pour plus de 15 milliards d’euros. La filiale de santé grand public du géant pharmaceutique français produit entre autres le Doliprane, médicament le plus consommé en France.

L’annonce survient un mois après l’inauguration par Emmanuel Macron d’une « usine futuriste » de vaccins et biomédicaments du groupe français à Neuville-sur-Saône. Le président lui dédiait sa première sortie sur le terrain depuis la dissolution de l’Assemblée nationale et se félicitait de l’investissement de 200 000 € de l’État pour assurer la « souveraineté sanitaire et l’attractivité industrielle française et européenne ». Une promesse datant de 2020 pour relocaliser sur le territoire français « nos capacités de production de médicaments essentiels ».

Sanofi n’est pas en reste d’aides publiques. Entre 2010 et 2020, la firme a bénéficié d’un crédit impôt recherche de 1,5 milliard d’euros tout en divisant par deux ses effectifs en Recherche & Développement (R&D).

4 milliards de dividendes en 2020 et fermeture de 300 postes

En 2020, la demande accrue de Doliprane, en hausse de 20 %, permettait au géant pharmaceutique de verser 4 milliards d’euros de dividendes à ses actionnaires.

Malgré la bonne santé financière du groupe, la direction annonçait pourtant la fermeture de 300 postes supplémentaires dans le secteur R&D. Une décision qui faisait réagir jusqu’au Parlement européen, quand la Commission européenne versait au laboratoire français 324 millions d’euros au titre de la lutte contre le Covid-19.

Sanofi, l’un des leaders mondiaux dans le domaine de la vaccination, reste derrière ses concurrents dans la course au vaccin, suscitant de nombreuses critiques. Le groupe enchaîne alors les opérations stratégiques pour rattraper son retard en matière de vaccin à ARN messager et étoffer son portefeuille de produits. Il s’offre en septembre 2021 la start-up américaine Translate Bio, spécialisée dans le développement des technologies à ARN messager. Montant de l’opération : 3,2 milliards de dollars.

Une emplette qui s’ajoute à l’acquisition de l’entreprise américaine Kadmon, développant des thérapies immunologiques et d’immuno-oncologie, pour la somme de 1,9 milliard de dollars.

Fin 2022, Sanofi sort finalement son propre vaccin, le VidPrevtyn Beta. Non rentable en raison d’une baisse de la demande, le vaccin est retiré du marché en janvier dernier. Sanofi vendra dorénavant le produit de son concurrent américain Novavax, qu’il tentera de combiner avec ses propres vaccins contre la grippe.

Sanofi externalise la recherche, déléguée à des start-ups, dont il achète ensuite les traitements expérimentaux, comme la protéine recombinante de la biotech américaine INBRX-101, acquise pour 2 milliards de dollars en janvier dernier.

5,2 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2023

Alors que Michel Barnier avait annoncé une demande de participation au « redressement collectif aux grandes et aux très grandes entreprises qui réalisent des profits importants », l’exil d’Opella aux États-Unis pourrait poser question.

Opella, numéro 3 mondial de la vente de médicaments sans ordonnance, emploie 11 000 salariés et a réalisé un chiffre d’affaires de 5,2 milliards d’euros en 2023.

L’annonce de la cession d’Opella a déclenché de vives réactions des chefs de partis politiques qui dénoncent « la passivité de l’État », et chez les parlementaires de tous bords qui exhortent le gouvernement à bloquer la vente au nom de la « souveraineté sanitaire ».

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