Un Libanais pour les droits du peuple palestinien
En 1978, le Liban est envahi par Israël avec la grâce des États-Unis de Reagan. Immédiatement condamnée par l’ONU, cette attaque aboutit à l’occupation d’une partie du territoire libanais jusqu’en 2000. Cherchant à détruire les bases de l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), l’État israélien foule aux pieds le droit international durant 22 ans. Des Libanais s’organisent sur cette base, à l’image de Georges Ibrahim Abdallah qui entre dans les Fractions armées révolutionnaires libanaises. En 1982, l’organisation revendique l’assassinat du lieutenant-colonel Charles R. Ray, attaché militaire américain à Paris et de Yacov Barsimentov, diplomate israélien et membre du Mossad.
Georges Abdallah est condamné pour complicité d’homicide volontaire. Déclarant sans sourciller qu’il n’est « pas un criminel, mais un combattant », il sait qu’il sera incarcéré et utilise son procès pour plaider sa cause. C’est à Lannemezan (Hautes-Pyrénées) qu’il est détenu. Enfermé en 1984 et condamné en 1987 à une peine incompressible, l’homme est libérable depuis le siècle dernier. Un triste record pour la France puisqu’il est le plus ancien prisonnier politique d’Europe.
Ingérences et déni du droit
Cette situation a de quoi surprendre. L’homme a purgé la peine à laquelle il fut condamné, mais reste derrière les barreaux. Pourtant, entre 2004 et 2020, nombre de demandes de libérations conditionnelles ont été réalisées.
Au fil des années, les soutiens à Georges Ibrahim Abdallah se sont accumulés. Ce n’est d’ailleurs pas tant sur l’engagement communiste du Libanais, mais bien sur le mépris auquel il doit faire face depuis quarante ans.
Les ingérences du pouvoir politique dans les décisions de justice ne sont plus à prouver. Lorsque les gardes des Sceaux successifs sont interpellés sur le sujet, la réponse demeure la même : « Il n’appartient pas au ministre de la Justice de donner quelque instruction que ce soit aux procureurs dans le cadre de dossiers individuels, ni d’interférer dans les procédures judiciaires », répondait Nicole Belloubet à Fabien Roussel (PCF) en 2020.
Pourtant, le tribunal de l’application des peines s’est prononcé par deux fois pour sa libération. Ces décisions ont été soumises à l’expulsion du détenu, puisqu’il n’a ni la nationalité française, ni de titre de séjour. En somme, sa libération n’attendait plus que la signature d’un arrêté d’expulsion. C’est là que le bât blesse. Les ingérences à demi voilées des administrations américaines et israéliennes n’ont jamais cessé. En 2013, Victoria Nuland (porte-parole du département d’État américain) n’hésitait pas à avouer sa « déception quant à la décision de la cour française […]. Nous ne pensons pas qu’il doive être libéré et nous poursuivons nos consultations avec le gouvernement français à ce sujet ».
Chaque année, la mobilisation devant la maison d’arrêt de Lannemezan grandit. Parallèlement, des parlementaires, à l’image d’André Chassaigne (PCF), mènent la bataille sur un terrain plus institutionnel.
« Le cérémonial judiciaire reste une formalité, je serai libéré en fonction du rapport de force. Georges Ibrahim Abdallah »