Les premières lignes étaient à l’honneur et on se rendait compte que sans ces obscurs serviteurs de la nation, rien ne fonctionnait. Hôpitaux, transports, poubelles, éducation, piqures et soins… Outre les travailleurs du privé attachés aux tâches indispensables comme le gaz, l’électricité ou la distribution de vivres, il y avait en France 5.700.000 personnes, les fonctionnaires qui prenaient des risques pour 60.000.000 d’autres.
Après la carotte, le bâton
De février 2020 à décembre 2022, au gré des confinements, couvre-feux, gestes-barrière, restrictions de circulation et interdictions de réunion accompagnant les 9 vagues successives de Covid, les fonctionnaires bénéficièrent de tous les superlatifs généreux qu’on pût inventer.
On inventa même un Ségur de la Santé pour récompenser les premières lignes du public et du privé... en se dépêchant d’en exclure les plus obscures comme les aides soignantes à domicile.
Un premier accroc au discours pseudo-social qui en annonçait bien d’autres.
Le pouvoir revenait bien vite à sa finalité qui est de privatiser l’ensemble des services publics, financièrement rentables lorsqu’ils sont dégagés de leur obligation d’être accessibles à tous, quelles que soient leurs conditions sociales.
Avant comme après la dissolution de l’Assemblée nationale, le vieux discours sur les dépenses excessives de l’État a repris le dessus. On évite de dire qu’il y a trop de fonctionnaires, mais qu’il y en a trop de mal répartis. En oubliant de rappeler que ce sont les mêmes qui ont décidé, par exemple, de privilégier le développement de services administratifs dans les hôpitaux au détriment des services de santé. Plus de pouvoir aux services financiers et aux DRH et moins de chirurgiens, de médecins, d’infirmières, d’ambulances, de lits, de soins financièrement non rentables…
Attaque tous azimuts contre le service public
Même ligne un peu partout, jusqu’à l’Éducation nationale, où un délinquant multi-récidiviste, condamné et ex-président de la République, jugeait en novembre 2024 qu’il y a trop d’enseignants, « payés 24 h par semaine pour 6 mois de travail par an ».
On a l’habitude de ces discours nationaux qui ont servi à justifier la privatisation de Renault, d’EDF-GDF, de la sidérurgie, de la chimie, des labos pharmaceutiques, d’Air France, de la SNCF, des autoroutes...
S’il reste encore des pans de l’économie à casser pour en offrir les productions les plus rentables aux financiers, la stratégie du pouvoir s’est affinée pour attaquer, établissement par établissement, les avantages exorbitants des privilégiés du public.
On le constate notamment à l’hôpital public où chaque établissement est dirigé par un directeur qui dispose de prérogatives auparavant dévolues au conseil d’administration. Et, de plus en plus souvent, les syndicats constatent que prédominent les considérations financières sur le projet hospitalier.
Les relations humaines en semblent parfois totalement dépourvues, comme lors du versement des primes « Covid » au C.H. Duchenne de Boulogne-sur-Mer dont furent exclues les soignantes, en arrêt maladie pour avoir contracté le Covid durant leur temps de travail !
Ils rognent sur tout...
« La charge de travail s’accroît, les conditions de travail s’aggravent mais ça n’est toujours pas suffisant. Aux menaces nationales contre l’hôpital public s’ajoutent des attaques locales » dénoncent Sévrine Vasseur, secrétaire du sydicat CGT et Irving Cousin, secrétaire F3SCT (élu CGT). « Avant 2016, nous bénéficions de 3 jours de fêtes locales. Aujourd’hui, il ne nous en resterait qu’un seul, celui pour la Libération de Calais (en septembre 1944)... à condition que l’hôpital fasse 200.000 € de bénéfices ! Depuis la dénonciation unilatérale du protocole d’accord de 2016 par la direction, les hospitaliers de Calais ont perdu 6 à 9 jours de congés. Aujourd’hui, avec le passage aux services de 12h, le personnel perd 10 min (2 fois 5 min d’habillage-déshabillage) qu’il ne peut prendre à cause des chevauchements de postes. Il faut donc arriver avant l’heure au travail. Ça n’a l’air de rien mais ça représente 21 h de travail non payées sur un an. Or le Code du Travail prévoit une compensation que refuse la direction. Pour compenser ces pertes, elle nous proposait un bon-cadeau de 150 € brut qui, au bout de 18 mois « d’erreur » de protocole, devient conditionné au budget de l’établissement. Ils rognent vraiment sur tout. La journée de formation des agents de nuit, de 10h pour un jour travaillé, ne serait payée que 7 h. »
Des mesures antisociales locales qui aggravent les mesures proposées par le gouvernement comme les 3 jours de carence pour maladie ou les 90 % de salaire comme indemnité. Et qui s’ajoutent aux carences provoquées par la politique de régression.
« Vite dit, nous avons des manques en coronographie ; l’Ehpad Le Château des Dunes, créé en 1996, ferme en 2025 pour vétusté alors qu’il n’est pas fini de payer. Des résidents seront accueillis à La Roselière où le personnel titulaire va se retrouver muté. Mais les CDD du Château se retrouvent à la rue et ceux de la Roselière vont être remplacés par les titulaires du Château. Résultat, du chômage en plus. Nous avons de grands besoins en médico-social et le Conseil de surveillance, à l’unanimité moins une voix, a demandé une augmentation de la dotation… qui n’a pas été transmise. Explication de la direction : Mme Bouchart (maire de droite de Calais) n’était pas là et elle a dit non ! ».
Pour les deux syndicalistes, l’action nationale du 5 décembre dans la Fonction publique est une première étape dans la longue lutte qui s’ouvre pour préserver le maximum de service pour tous les publics.