Un service qui permet à des millions de jeunes de relever la tête.
Un service public en déclin
Après une suppression de 500 postes dans ce secteur cet été par le ministère de la Justice (dans une optique de « réaliser des économies »), les fonctionnaires de la PJJ continuent d’alerter à propos de leur situation, dénonçant le non-renouvellement de postes de titulaires.
L’intersyndicale composée de la SNPES-PJJ-FSU, de la CGT, CFDT et de l’UNSA ont appelé les fonctionnaires à se mobiliser, notamment à Rennes, Rouen, Paris ou Tours, pour exiger des moyens suffisants à l’accompagnement de la jeunesse, pointant du doigt un « ministère de l’injustice » et nécessitant un « plan d’urgence pour la PJJ ».
De nombreux travailleurs de ce secteur témoignent de la détresse de leur situation. Un même constat est partagé : la PJJ est tuée à petit feu. Beaucoup de jeunes issus d’établissements pluridisciplinaires et voués à être réinsérés après une décision judiciaire sont laissés sur le carreau au vu des difficultés grandissantes auxquelles sont confrontés ces fonctionnaires.
Qu’il s’agisse d’un milieu rural ou de quartiers populaires, tous les centres de la PJJ sont concernés : « Pendant l’été, on a perdu trois postes d’éducateurs et un poste de psy » au sein d’un service comptant moins d’une vingtaine de travailleurs. Le cruel manque de renouvellement de contrats pénalise aussi bien les fonctionnaires que les familles accompagnées par le service, « ils ont finalement dû s’en aller du jour au lendemain, sans même pouvoir prévenir les familles ».
Les conséquences de ces baisses d’effectif : des fonctionnaires débordés par leurs dossiers qui n’ont pas la possibilité d’assurer un service optimal pour un nombre de demandes grandissantes : « Les éducateurs qui sont encore là ont dû se diviser tous les dossiers […] et sont obligés de prioriser les situations en fonction du danger ». Le nombre de mineurs suivis par éducateur ayant mécaniquement augmenté depuis la suppression de postes, certains travailleurs se voient dépassés.
« On est laissés seuls avec ça. On n’est pas soutenus, et les familles encore moins » soulignait la psychologue Alexia Peyre, en activité à Marseille, auprès de l’AFP.
Un déclin qui impacte directement les familles
Ce manque de personnel entraînant un manque de temps, les rencontres avec les jeunes et leur famille à l’extérieur de leur domicile se raréfient, notamment par « manque d’espace pour organiser ces rendez-vous » regrette Claire Drouhin, éducatrice et secrétaire régionale du SNPES-PJJ-FSU.
L’impossibilité de trouver d’autres alternatives pousse parfois certains éducateurs à donner rendez-vous aux familles au McDo, « un lieu ouvert du matin au soir qui permet de voir les gens en dehors de leur domicile » explique-t-elle, désabusée.
Les jeunes se voient être les premiers impactés, car même si le nombre de fonctionnaires baisse, le nombre de demandes de dossiers ne cessent d’augmenter. Au sein de ce climat d’abandon s’ajoute la violence du climat des quartiers gangrenés par le trafic de stupéfiants.
Ce sont ces environnements auxquels sont confrontés la plupart des jeunes ayant à faire avec la justice et faisant appel à la PJJ. « On ne dénombre pas les blessés qui s’en sortent avec des bouts de jambe arrachés » fustige Mattias Perrin, assistant social des quartiers nord de Marseille et secrétaire régional du SNPES-PJJ-FSU qui abordait la question de « deux jeunes décédés au mois d’août ».