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Jose HERNANDEZ Camera 51
300 manifestations en France

Associations... le début de la résistance

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Mise à jour le 24 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Luttes CGT Syndicalisme Budget 2026

Ce samedi 11 octobre, à travers toute la France manifestaient les associations de toute sorte qui font la richesse de notre vie sociale. Qu’est-ce qui les mobilise donc ?

Le monde associatif français est une exception en Europe ; ses principes éloignent la majorité de ses associations du monde de la finance en posant comme impératif la réponse aux besoins de la population, de tout âge et de toute condition sociale, dans tous les domaines de la vie : sport, santé, éducation, loisirs, vacances, droits sociaux, environnement, crèches, théâtre, spectacles, restauration, bricolage, emploi, apprentissage des langues, solidarité...

643 milliards qui échappent aux spéculateurs

Aucun secteur n’échappe à l’intervention de 20 millions de bénévoles — 30 % de la population — et de 2 millions de salariés. En 2025, la plupart des investissements des organismes sans but lucratif concerne les structures employeuses et le secteur social et médico-social. Toutes branches confondues, les dépenses prévues approchent les 643 milliards d’euros... avec un déficit de 18,2 milliards d’euros estimé pour l’année.

La contribution des associations au PIB représente ainsi 3,5 % de la valeur ajoutée du pays. Des forces et des budgets qui échappent majoritairement aux logiques de profit, donc aux banques, aux spéculateurs et à ceux qui, au pouvoir, défendent leurs intérêts.

Depuis le changement de ligne de François Mitterrand (1984), tous les gouvernements s’attachent donc à réduire les financements publics de cet aspect vital de nos politiques sociales. Cet équivalent des privatisations dans le domaine social et culturel fut directement inspiré par la politique de Ronald Reagan, proposée en France en 1987 par Jean Bounine et François Dalle, alors directeur de l’Oréal.

Un rapport [1] expliquait comment le président américain Reagan avait d’abord soutenu les associations sur la base de projets, puis transféré la responsabilité financière fédérale sur les États qui, à leur tour, transféraient sur les comtés, puis ceux-ci sur les collectivités, en multipliant les contraintes financières et administratives. Jusqu’à ce qu’on explique aux associations qu’elles devaient trouver elles-mêmes des financeurs, faire des emprunts, privatiser et faire payer les populations.

Seul bémol du membre du CNPF : « l’exception française » fait que cela demanderait plus de temps qu’aux États-Unis.

Manifs du 11 octobre, une première riposte

39 ans plus tard, le mouvement associatif entre dans la dernière phase de la liquidation d’une partie du monde associatif qui permettrait de faire de substantielles économies. Il faut bien trouver de l’argent pour subventionner les entreprises du CAC 40 ! Du moins, le pouvoir l’espère-t-il. Heureusement, le monde associatif relève la tête depuis un peu plus d’un an. Une question de vie ou de mort !

Samedi 11 octobre, à travers toute la France, 300 initiatives, débats et manifestations ont réuni des dizaines de milliers de bénévoles qui ont fait entendre leurs voix. On avait plus ou moins l’habitude de voir manifester les associations travaillant dans le domaine social ou de la santé. Cette fois, pour la première fois, des clubs sportifs, culturels et de loisirs ont été de la partie. Un mouvement représentant un tiers des Français qui a enfin trouvé des raisons de se rassembler face au danger.

Des associations en danger

« On nous pousse vers les appels à projets, mais cela met les structures en concurrence et fragilise les plus petites », a dernièrement déclaré, au Club de la Presse des Hauts-de-France à Lille, Thierry Coulomb, président du Mouvement associatif des Hauts-de-France.

Le financement privé, souvent présenté comme une alternative, reste très limité : « Une entreprise n’ira pas financer un centre social de quartier à Roubaix. Le privé s’intéresse surtout aux grandes causes médiatiques, pas à nos actions de proximité », ajoutait-il.

Selon les données du Mouvement associatif, 31 % des associations employeuses disposent d’une trésorerie inférieure à trois mois. 23 % rencontrent régulièrement des difficultés financières, et 31 % de manière ponctuelle. Près de la moitié des renouvellements de subventions ne sont toujours pas validés ; 5 % des demandes ont été refusées, 25 % des aides attribuées sont en légère baisse et 20 % connaissent une forte baisse.

Résultat : 28 % des associations réduisent leurs activités, 18 % ne remplacent pas les départs, 16 % reportent leurs recrutements, et 8 % envisagent déjà un plan de sauvegarde avant même que les coupes budgétaires ne produisent leurs effets.

Les radios associatives, par exemple, ont failli perdre jusqu’à 33 % de leurs financements. « Chez nous, témoigne un journaliste de Radio Plus, cela aurait entraîné la suppression de deux postes, soit la moyenne d’une radio associative. Tous nos projets d’éducation populaire auraient été annulés. »

« Sans nous, la cohésion sociale s’effondre »

« Nous voulons montrer que sans nous, la cohésion sociale s’effondre », explique Thierry Coulomb.

Pour preuve, 20 % des crèches en France sont associatives, soit 4 000 crèches qui disparaîtraient, avec des conséquences sur le travail des femmes et la natalité ; en zone rurale, 80 % des centres de loisirs sont délégués à des associations, donc plus de prise en charge des enfants après 16 h 30, voire 15 h ; même chose pour les écoles de musique ou de théâtre, les clubs sportifs, le soutien aux femmes victimes de violences...

C’est une lutte qui commence et qui, nous l’espérons, trouvera à se développer. Nous sommes tous concernés.

Notes :

[1Pour développer l’emploi : rapport à Monsieur le Ministre des Affaires sociales et de l’emploi, mai 1987

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