Un drame social, industriel et politique, qui cristallise les errements d’une stratégie industrielle déléguée aux fonds d’investissement.
L’argent public sans contrôle, la colère ouvrière en retour
Reprise en 2024 par le britannique Greybull Capital, Novasco devait être le symbole d’une relance industrielle appuyée par l’État. Sur les 175 millions d’euros promis, l’État a tenu parole — 85 millions versés —, tandis que Greybull n’a injecté que… 1,5 million. À peine de quoi financer un mois de salaires. Depuis, l’entreprise a accumulé les coups durs : accident industriel, effondrement du marché automobile, difficultés d’approvisionnement énergétique. L’été dernier, le redressement judiciaire était acté. Depuis, les promesses se sont évaporées.
L’espoir d’une reprise s’était un temps incarné dans le groupe Métal Blanc, qui envisageait de reprendre l’ensemble des quatre sites du groupe. Mais lundi, l’entreprise ardennaise s’est retirée, évoquant des « conditions économiques défavorables » et des « incertitudes sur le coût de l’énergie ». Résultat : aucune offre ne concerne le site d’Hagondange, pourtant cœur historique de la production d’aciers spéciaux français. Les trois autres usines – Leffrinckoucke, Custines et Saint-Étienne – intéressent encore Europlasma, mais sans leur aciérie-mère, la chaîne industrielle risque de se briser.
Sur le terrain, la colère est à la hauteur de la détresse. Devant la préfecture de Metz, sur l’A31 ou à l’entrée de l’usine, les salariés multiplient les actions. « Nous ne laisserons pas tomber un outil capable de produire de l’acier décarboné en France », martèle Stéphane Fantoni, délégué CGT. Pour le syndicat, l’État porte une responsabilité directe : avoir injecté des millions sans contrôle, sans garantie industrielle, ni exigence d’investissement réel.
« C’est le grand gâchis des aides publiques », dénonce la CGT Moselle, qui appelle à un plan de sauvegarde national et à une intervention publique directe, y compris sous forme de nationalisation temporaire.
Un outil stratégique promis à la casse
Car Hagondange n’est pas une usine obsolète. Son four électrique, ses lignes de laminage et de traitement thermique figurent parmi les plus performants d’Europe pour la production d’aciers spéciaux. L’aciérie fournit aussi bien l’automobile que la défense, et dispose d’un laboratoire accrédité ISO pour le contrôle métallurgique. Autrement dit, tout ce que la France prétend vouloir défendre : un savoir-faire, une souveraineté industrielle, une production bas-carbone.
Mais dans la vallée de l’Orne, les mots ne fondent pas l’acier. Sans décision politique rapide, Hagondange rejoindra la longue liste des sites sacrifiés sur l’autel de la rentabilité financière.
Les ouvriers, eux, continuent de se battre, conscients que derrière les fours éteints, c’est un pan entier de la dignité ouvrière et de l’histoire industrielle française qui risque de disparaître.