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Relance nucléaire, colère ouvrière

À Belfort, les salariés d’Arabelle refusent de payer la note

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Mise à jour le 7 novembre 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Luttes Nucléaire CGT Syndicalisme Emploi

Voilà deux semaines que les palettes brûlent aux abords de l’usine Arabelle Solutions de Belfort. Près de 40 % des ouvriers de production, sur les 1 300 salariés du site, ont entamé une grève après que la direction a refusé, « du jour au lendemain », l’attribution d’une prime annuelle pourtant prévue.

Depuis le 14 octobre et malgré moult négociations, la situation s’est enlisée. Le 25 octobre, la direction d’Arabelle Solutions a décidé d’assigner en justice six représentants syndicaux CGT, deux grévistes ainsi que l’Union départementale CGT du Territoire de Belfort.

Il était convenu qu’une prime – liée notamment à la performance industrielle – soit octroyée chaque année aux salariés non-cadres, 1 500 euros en 2024, puis 1 600 euros prévus pour 2027, 2028 et 2029. Mais pour 2025, rien. Le vide. Une décision annoncée le 10 octobre lors d’une réunion avec la direction.

La nouvelle s’est très vite répandue au sein des équipes. Dès le mardi 14 octobre, une centaine de salariés installent le piquet de grève. La colère comme la « spontanéité » de ce mouvement tient à cela, « du jour au lendemain, on nous dit qu’on a zéro », indique Sylvain, bobinier, à nos confrères de Le Trois.

Une entreprise au cœur de la renaissance industrielle française

Arabelle Solutions n’est pas une entreprise comme les autres. Elle est au cœur de la relance nucléaire française. À Belfort, on y fabrique les turbines à vapeur destinées aux centrales nucléaires. Une montée en cadence est d’ores et déjà engagée pour répondre aux commandes d’EPR 2 – une mission que les salariés ont à cœur de remplir.

Mais, comme le rappelle la Fédération locale du PCF dans un communiqué du 23 octobre, «  ce ne sont pas aux ouvriers de payer les investissements qui permettront de répondre à l’immense défi posé par l’augmentation des capacités de production ».

Car la crainte se pose aussi là. Pour cette nouvelle entité d’EDF, issue du récent rachat de la branche nucléaire de General Electric, il pourrait être tentant de faire peser sur les épaules des salariés une partie du financement de la relance nucléaire. Une hypothèse que semble confirmer cette « affaire de la prime » qui a mis le feu aux poudres.

Mais contrairement à ce que pourrait imaginer EDF, les salariés ne feront pas une croix sur leurs revenus ni sur leurs conditions de travail. Au contraire, ils demandent simplement – appuyés par la CGT – que toutes et tous soient reconnus dans leur travail, travail essentiel à la nation, donc.

Négociations et poursuites judiciaires

La situation aurait pu être réglée en quelques jours, mais la direction semble jouer la terre brûlée. Malgré l’espoir d’une négociation réussie le 22 octobre, la situation s’est enlisée. Malgré de longues heures de discussion, il a été proposé aux salariés de rétablir une prime pour cette année, mais de « 700 à 800 euros brut pour les non-cadres et de 400 à 500 euros brut pour les cadres », indique la CGT.

Une proposition inacceptable pour les grévistes, tant elle n’explique pas le revirement de la part de la direction. Laurent Santoire, délégué CGT pour Arabelle Solutions, fait pour sa part le lien entre cette « affaire » de prime et le projet industriel. Pour lui, « il est incompréhensible que la direction bloque sur cette histoire de prime, au risque de mettre en danger le projet industriel ».

Dernier épisode en date, cette même direction qui, jusqu’ici, défendait son « attachement au dialogue social », a décidé d’assigner en justice six représentants syndicaux CGT, deux grévistes ainsi que l’Union départementale CGT du Territoire de Belfort. Une manière, pour la direction, de tenter d’éteindre le feu par la répression. Mais à Belfort, la colère ouvrière ne semble pas prête de s’éteindre.

Le syndicat appelait à un large rassemblement « en soutien aux grévistes dans leur mouvement », devant le tribunal judiciaire de Belfort ce mardi 28 octobre à 14 h. Saïd Bersy, délégué syndical central d’Arabelle Solutions, dans un discours offensif, a prévenu ses collègues : « Si t’es né trop petit dans ce monde, c’est que tu es là pour le changer ». Et d’ajouter que c’est « exactement ce que nous voulons faire, ensemble nous construirons l’Arabelle Solutions de demain ».

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