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Le ministre des PME pense qu’il faut « casser la gueule aux Chinois »

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Chine Industrie Gouvernement

Devant un parterre de patrons et de commerçants, Serge Papin, ministre des PME, a déclaré qu’il fallait « casser la gueule aux Chinois ». Peut-être espérait-il ainsi s’attirer les faveurs de ces dizaines de milliers de commerçants en souffrance dans le pays. Pour ce qui est de l’intérêt national, on repassera.

La scène se déroule lors des vœux de la Confédération des petites et moyennes entreprises, ce 21 janvier. Mais qu’on se rassure. D’après l’entourage du ministre, il ne s’agissait pas d’une sortie de route. Monsieur Papin s’adressait en réalité aux « Sheinois » – contraction subtile entre Shein et la Chine. Quelle finesse. Les intéressés apprécieront sans doute autant que les Français qui peinent à boucler leurs fins de mois. « Tu touches le fond mais creuse encore », diraient certains.

Il faut dire que le ministre a un solide pédigrée en la matière. PDG de Système U de 2005 à 2018, il en a certainement vu disparaître, des petits commerces. Mais à notre connaissance, personne n’a alors songé à lui « casser la gueule ». Paraît-il qu’il est devenu « président non exécutif » d’Auchan en 2024, quelques mois avant son entrée au gouvernement. Serge Papin connaît donc mieux que quiconque les ravages causés par les stratégies qu’il a lui-même mises en œuvre.

Cette petite phrase est révélatrice. Lui, comme d’autres, ne supporte pas de voir « les Chinois » en pointe dans tant de secteurs. Il ne supporte pas l’idée qu’il faudra coopérer avec eux – comme avec d’autres – pour redéployer notre appareil productif. Et surtout, il ne supporte pas sa propre défaite. Celle de ces dirigeants économiques et politiques qui avaient parié sur « la fin de l’histoire », délocalisée à marche forcée, avec un mépris à peine dissimulé, en laissant entendre que l’industrie relevait d’un savoir-faire inférieur, bon pour les autres. « Fabriquer des fringues, c’est bon pour les Chinois » finalement.

Le problème n’est pas qu’un ancien patron tienne ce discours. Après tout, c’est son droit. Le problème, c’est qu’il est ministre. Au moment même où la France cherche à renouer (il n’est jamais trop tard) avec la Chine, dans le nucléaire civil comme dans l’automobile, où les coentreprises se succèdent, cette sortie fait tache.

Les « Chinois », comme il dit, ne lui en tiendront sans doute pas rigueur, la durée de vie politique d’un ministre est si courte. En revanche, on peut espérer que l’un de ses collaborateurs ait pris le temps de lui signaler que Shein n’est pas tout à fait une entreprise chinoise. Ils nous surprendront toujours !

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