Interdit depuis 1997 et classé cancérigène depuis 1977, l’amiante n’a pas disparu. En effet, en 2024, une étude de l’Éducation nationale a montré que plus de 80 % des bâtis scolaires sont concernés par la présence d’amiante. 36 000 kilomètres de nos canalisations sont également touchés. Le désamiantage reste donc un défi majeur : chaque année, entre 300 000 et 600 000 tonnes de déchets sont produites, dont 97 % simplement enfouies, sans inertage.
Pourtant, l’enfouissement ne peut demeurer qu’une solution temporaire car l’amiante est imputrescible : cela ne peut ni se décomposer ni se détériorer sous l’effet du temps. À travers cette méthode, nous remettons ce problème entre les mains des générations futures lorsque l’amiante va remonter dans les décennies et les siècles à venir.
Pour autant, il existe des solutions alternatives comme l’inertage par vitrification qui détruit totalement l’amiante via une torche à plasma. Ce procédé n’est pratiqué que par une seule entreprise en France située dans les Landes et qui ne traite que 6000 à 8000 tonnes chaque année, dérisoire face aux besoins nationaux. D’autres procédés sont expérimentés mais le secteur privé n’investit que très peu, faute de rentabilité.
Un pôle public pour surmonter l’inertie du privé
Alors devant cet enjeu de santé publique que le secteur privé est incapable d’adresser, les sénateurs communistes « demandent un investissement important de la part des pouvoirs publics, seuls capables de répondre aux enjeux sanitaires et environnementaux et de garantir l’intérêt général ». Pour cela, ils proposent la création d’un pôle public d’éradication des déchets contenant de l’amiante « qui interviendra dans toute la chaîne du processus de désamiantage, de la collecte des déchets jusqu’à leur élimination ».
Ce pôle public permettrait de produire une cartographie affinée de la présence d’amiante sur le territoire, chose qui n’existe curieusement pas actuellement alors que l’amiante est, aujourd’hui encore, la première cause de décès liés au travail (hors accidents de travail). Ce pôle, sous forme d’établissement public à caractère industriel et commercial (EPIC), serait un puissant levier pour démultiplier le processus d’inertage par vitrification et relancer la recherche.
« La vie humaine n’a pas de prix »
Répondant à un plan d’action national d’éradication de l’amiante, le financement du pôle public sera déterminé par les lois de finances. Un coût certain pour les comptes publics, mais à mettre en perspective avec le coût de l’exposition des travailleurs à l’amiante et aux conséquences désastreuses pour l’environnement. Des coûts résumés en une phrase par le sénateur Alexandre Basquin, « La vie humaine n’a pas de prix ».