Cette proposition de loi vient enfoncer la porte entrouverte par la droite sénatoriale en 2025, qui avait voté une dérogation permettant aux établissements de certains secteurs de faire travailler leurs salariés le 1er mai.
L’offensive politique contre les conquis sociaux
Comme le dénonce la CGT, « à chaque fois qu’un principe est remis en cause, la dérogation s’étend progressivement à toutes et tous ». Aujourd’hui, cette logique d’exception tend à se généraliser, jusqu’à envisager la suppression même du caractère férié de cette journée. Derrière l’argument économique se cache une transformation plus profonde du rapport au travail et aux droits sociaux : les droits collectifs sont affaiblis, la pression sur les salariés augmente et la mémoire des luttes s’efface.
Banaliser le travail le 1er mai, c’est dénaturer un symbole collectif et accentuer la pression sur les salariés, notamment les plus précaires, souvent contraints d’accepter des conditions imposées. Mais les conséquences vont au-delà du quotidien des travailleurs : c’est l’effacement progressif de la mémoire des luttes sociales, le recul d’un symbole historique de solidarité et de résistance. La suppression du jour férié contribuerait également à la dépolitisation du travail, en transformant un jour particulièrement empreint de revendications et de rassemblement en une simple journée de travail supplémentaire.
Cette offensive s’inscrit dans une dynamique plus vaste : celle de réduire les droits collectifs au nom de l’efficacité économique, au risque de normaliser des reculs sociaux qui étaient jusqu’ici impensables. Remettre en cause le 1er mai, ce n’est donc pas seulement modifier le calendrier : c’est questionner la place accordée à l’histoire des luttes ouvrières, aux acquis sociaux et à la capacité de résistance face à l’érosion de ces derniers.
Une conquête historique du mouvement ouvrier
Cette date du 1er mai n’est pas tombée du ciel. Elle naît aux États-Unis, mais ne tarde pas à s’étendre à l’échelle internationale et à devenir un symbole fort des combats pour de meilleures conditions de travail. En France, elle s’impose d’abord comme une journée de lutte, de revendications, de grèves et de manifestations, avant d’être reconnue par vote du Parlement comme jour chômé et férié en 1947.
Aujourd’hui, on a tendance à réduire ce jour symbolique à un simple jour de repos, à l’instar d’autres jours fériés. Mais sa portée va bien au-delà, tant elle porte la mémoire des luttes ouvrières sur plus d’un siècle et la capacité des travailleurs à s’organiser pour défendre leurs intérêts. C’est aussi – et peut-être surtout – cela que la droite souhaite voir disparaître.