On y songe rarement, mais l’organisation des transports sert d’abord à aménager un territoire. Voire à le déménager comme cela a pu se réaliser en France depuis les années 70 avec le développement du TGV. Au-delà des bénéfices énormes liés à ce progrès, cette organisation des transports a aussi servi à vider des régions entières de leurs industries pour les concentrer dans quelques grands centres urbains. Il ne s’agit pas d’erreurs aux conséquences imprévisibles ; il s’agit de volonté politique pour servir les intérêts des grands capitalistes.
Un tramway pour une politique xénophobe
Ce qui se passe en Israël et en Palestine occupée relève des mêmes objectifs. Avec ici une finalité à caractère xénophobe, vider la Judée-Samarie de ses habitants d’origine, les Palestiniens.
La Judée-Samarie est une expression employée par le Bureau central des statistiques d’Israël pour désigner un district « israélien », non reconnu par l’ONU qui englobe uniquement les colonies israéliennes situées en Cisjordanie occupée. Les colonies illégales situées dans Jérusalem-Est n’en relèvent pas, car Jérusalem est déjà annexée au territoire d’Israël selon la Loi fondamentale de 1980.
Le tramway sert à faciliter la circulation entre les colonies des territoires occupés, Jérusalem et au-delà Tel-Aviv et d’autres villes reliées à la capitale par le réseau ferré qui traverse également des territoires palestiniens.
Des quartiers-villes en territoire occupé
À Jérusalem, la ligne rouge du tramway permet depuis 2011 de se rendre du centre-ville commercial à Pisgat Zeev. C’est la plus grande des colonies construites pour augmenter la population juive dans les territoires occupés. Elle compte plus de 50.000 habitants dont 41 % ont moins de 21 ans.
La ligne rouge doit se prolonger jusqu’à Neve Yaakov, la plus récente des colonies. Elle compte environ 25.000 habitants dont 66 % ont moins de 40 ans.
Quatre autres lignes doivent desservir les colonies de Gilo, Ramot, Ramat Eshkol et Givat Hamatos, toutes illégales au regard du droit international.
Il est important de bien avoir à l’esprit que lorsque la presse relate des attentats « à Jérusalem », c’est souvent parce qu’elle relaie le discours du gouvernement israélien d’extrême droite qui considère ces villes « satellites », des colonies dans un territoire occupé, comme des quartiers extérieurs de Jérusalem.
Le colonialisme new-look…
Avec le tramway, il s’agit donc d’assurer un continuum territorial pour ancrer l’occupation. Le tramway pour tous ne l’est pas, les stations ne sont pas implantées dans les quartiers palestiniens, ces derniers craignant également d’être molestés en l’empruntant.
Comme le statut des Palestiniens isréliens n’est plus celui de citoyens d’Israël mais de résidents, chacun sait que toute altercation peut se traduire par une expulsion du territoire.
La conformation du tramway vise donc à rendre difficiles leurs déplacements. L’Association France-Palestine Solidarité qualifie cette réalisation de « camisole de force (…), un laboratoire du colonialisme new-look (…), un accélérateur de la politique d’expulsion-colonisation ».
Une participation honteuse…
Malgré la complicité d’États comme la France et les USA, des résistances internationales portent quand même leurs fruits.
Des sociétés américaines et européennes se sont retirées des projets, comme le fonds de pension de l’État norvégien, celui de l’Église méthodiste des USA, celui de Suède ; la Deutsche Bahn qui a mis fin à sa participation à l’exploitation de la ligne ferroviaire Jérusalem-Tel-Aviv ; Veolia Transport après avoir perdu plusieurs marchés en France, Grande-Bretagne, Stockholm... Des retraits qui ont à voir avec des campagnes BDS (Boycotter, Désinvestir et Sanctionner) plus efficaces qu’on le pense souvent.
Côté français, on fait désormais profil bas.
Selon l’ONG israélienne Who Profits, si Alstom, par ses filiales Citadis Israël et Systra, numéro deux mondial de l’ingénierie ferroviaire, continuent de participer à l’exploitation et la construction du tramway, il est désormais difficile de trouver trace de leur participation.
Egis Rail semble disparu, bien qu’un des principaux contractants.
Sur son site Internet, Systra mentionne sa participation à un projet de tramway en Israël, sans préciser où et Alstom n’a jamais actualisé ses informations depuis qu’elle a vendu, en 2013 ses participations chez City Pass.
Une participation honteuse qu’il convient de continuer à dénoncer et combattre.