L’homme, dont 10 millions de dollars ont été mis sur la tête par les États-Unis, est présenté en libérateur. Rapide retour sur son parcours.
Penseur et acteur du djihadisme
Fils d’un économiste et ingénieur en production pétrolière, le futur « al-Joulani », qui se nomme encore Ahmed al-Charaa, n’est pas tombé dans le bain de l’intégrisme dès sa naissance. Sa famille aurait été davantage portée vers un « conservatisme » mêlée d’une modernité libérale spécifique à ces nouveaux milieux aisés, bourgeois et urbains du Moyen-Orient.
Si les sources se font peu nombreuses et que les récits divergent sur certains aspects de sa vie, on sait qu’il n’a pas grandi dans l’islam politique.
C’est en toute connaissance de cause et volontairement qu’il rejoint, en 2003, après quelques années d’études à Damas, l’une des innombrables « organisations affiliées » à Al-Qaïda en Irak. Il a 21 ans. Il y est arrêté et emprisonné durant cinq ans. Ce serait à ce moment qu’il a rencontré les futurs dirigeants de l’État islamique (EI), qu’il décide de rejoindre dès sa sortie de prison. C’est aussi dans ce laps de temps qu’il prend pour nom de guerre « Abou Abou Mohammed al-Joulani ».
Remarqué par ses paires pour sa violence et son intransigeance dans l’horreur, il est envoyé en Syrie par le chef de l’Organisation de l’État islamique, Abou Bakr al-Baghdadi, autoproclamé « calife ». C’est en 2011, lorsque qu’éclatent les mouvements antigouvernementaux et anti-Assad. Deux missions lui sont confiées, établir une « représentation du califat » et fonder une nouvelle « filiale » : le Front al-Nosra.
Garant des méthodes ultra-violentes
Ces mouvements, présentés sommairement comme une « opposition » composée de « rebelles » n’ont rien d’homogène. Très vite, les groupes islamistes armés en prennent la direction, et l’organisation d’al-Joulani devient incontournable.
Dès 2012, al-Nosra est sur tous les fronts et mène des opérations kamikazes régulières, des exécutions sommaires, traque les minorités ethniques et s’impose en leader des différentes coalitions. Après quelques années de complaisances – et c’est peu dire –, même les pays occidentaux, pourtant prêts à tout pour faire tomber le régime en place, ne peuvent plus fermer les yeux. Al-Joulani est déclaré « terroriste international », et sa tête est mise à prix. Il prend le contrôle et s’installe, avec des dizaines de milliers de combattants djihadistes, dans la région d’Idlib, au nord-ouest de la Syrie.
En parallèle, il acte sa rupture avec Al-Qaïda et fonde un nouveau groupe djihadiste, Hayat Tahrir al-Sham (HTS), aujourd’hui sur tous les écrans du monde.
D’aucunes voient dans cette démarche d’al-Joulani un « virage idéologique ». Il n’en est rien. Les divergences entre HTS, émanation d’al-Nosra, elle-même émanation de l’EI qui est une ancienne branche d’Al-Qaïda, ne sont que stratégiques et tactiques. Pour al-Joulani, l’ennemi premier n’est pas ailleurs qu’en Syrie. C’est le président Bachar el-Assad.
Concrètement, il s’agit pour al-Joulani d’établir un pouvoir immédiat, territorial et national, quitte à se faire passer pour un repenti auprès des puissances régionales et occidentales. L’ennemi premier n’est pas un système mondial abstrait et mécréant, mais l’axe russo-iranien ; et bien sûr, les minorités ethniques et religieuses, ou encore les laïcs de Syrie.