Souvent comparé à Nelson Mandela, des sondages le donnent favori dans une éventuelle élection présidentielle palestinienne. Son statut de leader unitaire menace le gouvernement israélien et l’Autorité palestinienne en place.
Du militantisme estudiantin à la première Intifada
Marwan Hassib Ibrahim Barghouthi s’engage très jeune dans la cause, rejoignant le Fatah à l’âge de 15 ans. Il cofonde le mouvement des jeunes du Fatah (Shabiba) et s’impose comme un leader étudiant à l’université de Beir Zeit.
Initialement attiré par l’activisme non-violent, son parcours est marqué par l’occupation. Il est l’un des principaux meneurs de la Première Intifada en 1987, ce qui lui vaut d’être arrêté et expulsé vers la Jordanie. De retour après les accords d’Oslo en 1994, il est élu au Conseil législatif palestinien en 1996. Barghouti se distingue alors par ses positions progressistes, menant campagne publiquement contre la corruption au sein du Fatah et pour l’égalité entre les hommes et les femmes. Il milite activement pour la création d’un État palestinien à part entière.
Avec le déclenchement de la seconde Intifada en 2000 suite au non-respect des accords d’Oslo, Barghouti mène des manifestations vers les points de contrôle israéliens.
Une incarcération politique
À la suite de son rôle dans la seconde Intifada, Barghouti devient l’un des Palestiniens les plus recherchés. Après deux tentatives d’assassinat manquées, il est enlevé par des agents israéliens à Ramallah le 15 avril 2002.
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Son procès fut largement médiatisé par Israël, dans le but de discréditer la résistance palestinienne en la présentant comme du terrorisme. Barghouti a refusé de reconnaître la légitimité de la « cour militaire d’occupation », se servant plutôt du tribunal comme tribune pour faire connaître au monde son amour pour la paix et la résistance. Il est condamné en 2004 à cinq peines de réclusion à perpétuité pour avoir commandité des attentats ayant causé cinq morts civils.
Malgré son incarcération, il est réélu au Conseil législatif palestinien en 2006. Il a continué d’œuvrer pour l’unité nationale, notamment en initiant le Document des prisonniers palestiniens en 2006. Il y critique l’Autorité palestinienne, qu’il estime être passée « de meneur de la libération à médiateur de l’occupant », et plaide pour un gouvernement de coalition pour sortir de l’impasse suite à la victoire du Hamas aux élections législatives de 2006.
Ces dernières années, Barghouti a continué de dénoncer les conditions de détention, notamment en menant une grève de la faim en 2017. D’après plusieurs rapports d’ONG, il est victime de mauvais traitements physiques constants, y compris des passages à tabac et l’isolement en 2024 et 2025.
Et si la paix attendait la libération d’un seul homme ?
Barghouti demeure un acteur incontournable pour la solution de paix, qu’il base sur la construction de deux États indépendants et égaux sur les frontières de 1967, impliquant le retrait total d’Israël des territoires occupés. Sa popularité fait de lui une alternative souhaitable face au Hamas, qui peut représenter un danger pour l’autodétermination palestinienne.
Sa libération est considérée par ses défenseurs comme un préalable nécessaire à une solution politique au conflit. De façon plus générale, Marwan Barghouti est soutenu par de nombreux mouvements politiques, comme le Parti communiste français, qui appelle depuis toujours à sa libération.
Comme il l’a déclaré : « Le manque de sécurité des Israéliens vient du manque de liberté des Palestiniens. Israël n’aura la sécurité qu’après la fin de l’occupation, pas avant. » Si une lueur de paix commence à poindre, la libération de Barghouti insufflerait un souffle nouveau et décisif, capable de transformer cette lueur en une véritable aurore pour la région.