L’annonce d’une paix durable dans la bande de Gaza ne peut que réjouir tout le monde, surtout parmi les habitants palestiniens et les familles des otages israéliens. À condition que la première phase des négociations de Charm-el-Cheikh aboutisse réellement, que les otages soient rendus, que les prisonniers palestiniens soient libérés et que le cessez-le-feu soit effectif. Mais jusqu’à ce jeudi 9 octobre, quelques heures après l’annonce de la bonne nouvelle par Donald Trump en personne, les frappes israéliennes continuaient de s’abattre sur Gaza. On ne sait rien encore, par ailleurs, sur l’identité des prisonniers palestiniens qui devraient être libérés et, si le nom de Marwan Barghouti a été prononcé, rien ne dit qu’il fera partie de la liste. Celui que l’on nomme le « Mandela palestinien », membre du Conseil législatif palestinien, croupit dans les geôles israéliennes depuis 2001.
Échange des otages et des prisonniers pour dimanche ?
D’après les négociations et l’accord signé ce jeudi, les 20 otages vivants et les 27 dépouilles des otages morts devraient être échangés contre environ 2 000 détenus palestiniens, dont 250 purgent des peines à perpétuité et 1 700 autres sont emprisonnés depuis le début de la guerre. Ces échanges devraient avoir lieu 72 heures après la signature de l’accord de ce jeudi, soit ce dimanche.
Autre point de l’accord : l’entrée de 400 camions d’aide humanitaire par jour dans la bande de Gaza pendant les cinq premiers jours du cessez-le-feu, et plus les jours suivants.
L’accord prévoit aussi « le retour immédiat des personnes déplacées du sud de la bande de Gaza vers Gaza (ville) et le nord ». Mais on sait d’ores et déjà que l’armée israélienne a demandé à la population concernée de ne pas revenir dans l’immédiat.
Enfin, Israël devrait retirer ses troupes jusqu’à une « ligne convenue » au sein de l’enclave. Il est évoqué des « retraits programmés de l’armée israélienne ». De quelle ligne parle-t-on exactement ?
Si ce jeudi matin le président américain ne se gênait pas pour jouer les « Super Trump », il faudra encore attendre pour constater la réalité de l’application de l’accord sur le terrain. Côté israélien, l’extrême droite ne cache pas son hostilité (surtout en ce qui concerne le retrait des troupes). Le Premier ministre Netanyahou n’est guère plus enthousiaste. Côté Hamas, l’exigence d’un désarmement et d’un retrait total fait grincer des dents.
Quelle administration pour Gaza et quelle souveraineté pour la Palestine ?
Rien pour l’heure ne doit cependant atteindre la joie et l’optimisme de Donald Trump, qui voit ainsi le moyen de reprendre la main, d’apparaître comme un faiseur de paix (il rêve du prix Nobel) et de faire un bras d’honneur aux États, dont la France, qui viennent de décider de reconnaître l’État de Palestine.
Pourtant, outre l’application de ce premier accord, il reste de nombreux points très importants à régler, à commencer par le devenir politique et l’administration de Gaza, et l’avenir de la Cisjordanie que Netanyahou avait menacée, il y a quelques jours seulement, d’annexion. Quid aussi de la colonisation — qui se poursuit — de ce territoire ? Par ailleurs, si le Hamas ne met pas de « bonne volonté » pour favoriser un cessez-le-feu, la menace d’Israël d’aller au bout de la destruction de Gaza pèse toujours et est soutenue par Donald Trump.
Rien n’apparaît non plus sur une reconnaissance pleine et entière de l’État de Palestine, sur son autodétermination et sur des sanctions contre Israël.
Parmi les 20 points du plan présenté le 30 septembre par le président américain, il reste notamment à régler la gouvernance de Gaza « dans le cadre d’une gouvernance transitoire temporaire par un comité palestinien technocratique et apolitique, chargé d’assurer le fonctionnement quotidien des services publics et des municipalités pour la population de Gaza. Ce comité sera composé de Palestiniens qualifiés et d’experts internationaux, sous la supervision et le contrôle d’un nouvel organe international de transition, le "Conseil de la paix", qui sera dirigé et présidé par le président Donald J. Trump, avec d’autres membres et chefs d’État qui seront annoncés ultérieurement, dont l’ancien Premier ministre Tony Blair. »
Il s’agit du point numéro 9, qui fait la part belle au rôle de Donald Trump et à Tony Blair, qui, c’est le moins que l’on puisse dire, ne laisse pas de bons souvenirs aux Palestiniens. La couleuvre semble ici bien difficile à faire avaler.
L’appel aux experts
Le point numéro 10 porte sur un plan de développement économique pour reconstruire Gaza. Ce plan serait élaboré par des experts « qui ont contribué à la création de certaines des villes modernes florissantes du Moyen-Orient. » On se demande quel rôle sera laissé aux Palestiniens.
Les dix autres points de l’accord sont à l’avenant. Outre l’effacement total du Hamas, on note par exemple, au point numéro 15, la mise en place par les États-Unis et leurs partenaires arabes et internationaux, d’une « Force internationale de stabilisation (ISF) temporaire qui sera immédiatement déployée à Gaza ».
Tout cela intervient, ou doit intervenir, après deux ans de guerre et de massacre. C’est le conflit le plus long jamais mené par Israël. Gaza Ville a été pratiquement vidée de ses habitants (900 000 personnes sur un million) et les bulldozers n’ont pas cessé leur travail de destruction. Le génocide, en attendant une reconnaissance officielle par l’Histoire, est avéré ; les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et l’organisation de la famine le sont tout autant. Le traumatisme sera durable et, dans 20 ans, les jeunes Palestiniens s’en souviendront. La trace de l’oppression ne s’efface jamais.