Depuis 2022, l’Europe a constitué avec soin ses réserves de gaz. Mais ces dernières sont mises à rude épreuve. Avec l’arrivée des premiers froids, la demande en chauffage s’est accrue, particulièrement dans les pays du nord. Bien que les stocks restent suffisants pour l’instant, leur épuisement rapide pourrait poser problème dans les mois à venir.
Par ailleurs, la faible intensité des vents dans les régions équipées de parcs éoliens limite la production d’énergie renouvelable. Cela oblige les pays à recourir davantage au gaz pour compenser le déficit d’électricité, aggravant la pression sur les réserves.
Les tensions géopolitiques fragilisent l’approvisionnement
Malgré les efforts pour réduire la dépendance au gaz russe, plusieurs pays européens reçoivent encore des livraisons via l’Ukraine. Cependant, deux menaces majeures planent sur cet approvisionnement. Les sanctions américaines récemment imposées à Gazprom Bank compliquent les transactions, risquant d’interrompre les livraisons encore en cours. De plus, le contrat de transit entre la Russie et l’Ukraine, prévu pour expirer fin 2024, pourrait ne pas être renouvelé, privant l’Europe d’une voie d’approvisionnement essentielle.
Ces sanctions, visant à accroître la pression sur l’économie russe, pourraient avoir de lourdes conséquences pour l’Europe. En parallèle, les importations de gaz naturel liquéfié (GNL), majoritairement en provenance des États-Unis, pourraient subir des retards ou des fluctuations dues à la forte demande mondiale, notamment en Asie. Cette situation limiterait encore davantage les options de l’Union européenne.
La hausse des prix : vers une répétition de 2022 ?
Les prix du gaz ont déjà augmenté de 45 % cette année. Bien que cette hausse soit moins spectaculaire qu’en 2022, elle reste significative et pèse lourdement sur les industries et les ménages. « Cela commence à ressembler à 2022, quand l’UE était prête à acheter du gaz à n’importe quel prix », explique Arne Lohmann Rasmussen, analyste en chef chez Global Risk Management. Une flambée des prix pourrait se poursuivre si les approvisionnements russes venaient à être interrompus ou si un hiver rigoureux accentuait encore la demande. L’été 2025 pourrait également constituer une période critique, rendant le remplissage des réserves plus complexe et coûteux.
La crise énergétique frappe durement l’industrie européenne, notamment en Allemagne, première économie du continent. Les secteurs stratégiques comme l’automobile, la construction mécanique et la chimie subissent déjà de graves difficultés.
Une nouvelle envolée des prix de l’énergie pourrait aggraver ces problèmes et entraîner une stagnation économique prolongée. La menace d’une nouvelle crise du gaz en Europe est bien réelle. Les sanctions américaines contre Gazprom Bank, combinées à des approvisionnements incertains, renforcent une situation déjà fragile. Dans ce contexte, la volatilité des prix et les défis énergétiques posent des risques majeurs pour l’économie, l’industrie et les citoyens européens.