L’histoire de la gauche allemande se décline en deux facettes, héritage de la partition de l’Allemagne. À l’Est, le parti au pouvoir en RDA, le SED (Parti socialiste unifié d’Allemagne), devient à la réunification le PDS (Parti du socialisme démocratique), qui conserve une certaine influence dans les anciens Länder socialistes, sans parvenir à s’implanter à l’Ouest. Dans le cadre des élections fédérales, le parti peine cependant à se maintenir, flirtant avec les 5 % nécessaires.
À l’Ouest, le SPD (parti des sociaux-démocrates), jusqu’ici hégémonique sur la gauche allemande, se hisse au pouvoir en 1998 avec une coalition SPD-Grünen (Verts), mais le chef du parti devenu ministre des Finances, Oskar Lafontaine, dénonce les orientations libérales du chancelier et démissionne en 1999. Dès lors, privé de son aile gauche, le gouvernement Schröder prend un virage libéral, en particulier avec les réformes Hartz qui visent à détricoter le droit du travail et à réduire la protection sociale. Symbole de ce changement d’orientation, Peter Hartz était le directeur du personnel chez Volkswagen, réputé pour avoir su négocier des accords sur la flexibilité du travail.
Libérale ou antilibérale, la gauche divisée
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Ce mouvement vers le social-libéralisme n’est pas propre à l’Allemagne au tournant du siècle, les Britanniques ont eu Tony Blair et nous-mêmes Jospin et son ministre des Finances Dominique Strauss-Kahn. Mais la réponse de la gauche antilibérale y sera différente, puisqu’en 2004, une partie du SPD scissionne pour fonder la WASG (Alternative électorale travail et justice sociale) qui fusionnera en 2007 avec le Linkspartei (nouveau nom du PDS), donnant naissance à Die Linke.
Le parti concentre tous les espoirs, avec plusieurs succès électoraux qui font dire à certains commentateurs que Die Linke sera le fossoyeur du SPD. En France, la recomposition de la politique allemande est d’autant plus suivie qu’elle fait écho à la rupture de la gauche de gouvernement sur le Traité constitutionnel européen (TCE) et l’émergence des collectifs antilibéraux comme potentielle nouvelle force aux élections de 2007. La scission des socialistes au Congrès de Reims qui donnera naissance au Parti de Gauche coprésidé par Marc Dolez et Jean-Luc Mélenchon, puis la tentative de fusion qui restera au stade d’alliance entre les partis de gauche en France est directement inspirée du modèle Die Linke.
Le retour du clivage Est-Ouest
Mais la décennie 2010 est déjà marquée par le recul des scores électoraux de Die Linke. En effet, de 2005 à 2021, le SPD choisira systématiquement l’alliance avec la CDU, les libéraux du FDP ou Die Grünen plutôt qu’avec le parti d’Oskar Lafontaine. Isolée du pouvoir, cornérisée par ses potentiels alliés, la formation se radicalise, générant des crises en interne, notamment entre l’Est (où se trouvent les principaux bastions hérités du PDS) et l’Ouest (où se concentrent les cadres du parti dans les centres urbains). Dans le même temps, la crise de la dette grecque voit naître un nouveau parti en Allemagne qui s’implante précisément à l’Est : Alternativ für Deutschland, sur une base de rejet de l’Union européenne, puis à partir de 2015 contre l’immigration massive qui fragilise profondément les bases électorales de la gauche, notamment dans l’Est du pays.
L’irruption de l’extrême droite, le choix d’une radicalité centrée sur les centres urbains et les questions sociétales accélèrent la perte d’influence de Die Linke jusqu’à la scission de Sahra Wagenknecht et son alliance qui entend contester la montée de l’AfD.