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Fabrizio Maffei/shutterstock
Moldavie, Géorgie et Roumanie

Quand l’Union européenne s’assoit sur les scrutins d’Europe de l’Est

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Mise à jour le 3 janvier 2025
Temps de lecture : 4 minutes

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Union européenne Moldavie Géorgie Roumanie

Depuis quelques mois, les élections en Moldavie, en Géorgie et en Roumanie ont vu émerger des candidats qualifiés de « pro-russes », suscitant une onde de choc en Europe. Pour de nombreux analystes et gouvernements occidentaux, ces résultats ne sauraient refléter la volonté populaire, mais seraient avant tout le fruit d’une ingérence russe.

Pourtant, cette lecture unilatérale des événements occulte des réalités complexes, tant sociales qu’économiques, qui façonnent les choix électoraux dans ces pays.

L’ingérence russe : une explication suffisante ?

En Moldavie, en Géorgie et en Roumanie, des candidats critiquant ouvertement l’Union européenne et appelant à une réorientation vers Moscou ont réalisé des scores significatifs. Ces résultats ont immédiatement déclenché une réaction de rejet de la part des gouvernements occidentaux et des médias.

Plutôt que d’envisager ces votes comme l’expression légitime de frustrations locales, ils ont été interprétés comme les manifestations d’une « ingérence insidieuse » du Kremlin. Les accusations de fraude électorale et de cyberattaques se multiplient, laissant peu de place à l’analyse des raisons profondes derrière ces choix électoraux.

L’idée d’une ingérence russe n’est sans doute pas totalement dénuée de fondement. De même que les candidats pro-européens savent pouvoir compter sur de solides soutiens étrangers. Mais réduire les résultats électoraux en Moldavie, en Géorgie et en Roumanie à ces seules manœuvres externes revient à nier la capacité des citoyens à faire des choix en fonction de leurs propres réalités. Ces candidats existent bel et bien, et des citoyens de ces pays ont bel et bien voté pour eux.

Ces résultats renvoient avant tout à des frustrations profondes, ancrées dans des décennies de difficultés économiques, de désillusions politiques et de crises sociales. La guerre en Ukraine et ses conséquences économiques, en particulier le coût élevé de l’énergie, viennent exacerber ces tensions.

L’impact de la guerre et de l’énergie sur les choix électoraux

L’Europe de l’Est est particulièrement touchée par les répercussions de la guerre en Ukraine. Les sanctions économiques contre la Russie ont entraîné une flambée des prix de l’énergie, impactant directement le quotidien des populations.

En Moldavie, l’une des nations les plus pauvres d’Europe, les factures d’énergie ont atteint des niveaux insoutenables pour une grande partie de la population. En Roumanie et en Géorgie, les augmentations des coûts de la vie, combinées à un sentiment d’abandon face à l’inflation, ont renforcé la méfiance envers l’Union européenne.

Dans ce contexte, les discours critiques envers Bruxelles et favorables à une réouverture du dialogue avec Moscou résonnent fortement. Ces candidats promettent de réduire les coûts de l’énergie en rétablissant des relations économiques avec la Russie, une perspective qui peut sembler pragmatique pour des électeurs confrontés à des difficultés immédiates.

L’Occident semble pris au piège d’une lecture binaire de la situation. Dans ce schéma, l’Europe de l’Est serait soit unie dans sa volonté de s’éloigner de la Russie, soit manipulée par le Kremlin. Or, cette vision simpliste ne tient pas compte des dynamiques internes qui poussent les électeurs à privilégier les candidats critiques envers l’Europe.

En insistant exclusivement sur la thèse de l’ingérence russe, l’Occident risque de délégitimer les aspirations populaires et d’aggraver les tensions. Et pourtant, il est plus raisonnable de reconnaître que ces votes traduisent aussi des mécontentements réels face aux promesses non tenues de l’Union européenne et aux coûts liés à la guerre en Ukraine.

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