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Avec la coopération de la Chine et de la Russie

Le grand retour du rail balkanique

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Mise à jour le 24 octobre 2025
Temps de lecture : 5 minutes

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Chine Russie Coopérations Hongrie Serbie

Après sept années d’interruption, la liaison ferroviaire entre Belgrade et Budapest est à nouveau opérationnelle. Un chantier d’envergure, stratégique pour les Balkans, mené à bien grâce à une coopération trilatérale entre la Serbie, la Russie et la Chine. Un succès industriel autant que politique, dans une région où les infrastructures dessinent la géopolitique.

Lancé officiellement en 2015, le projet de modernisation de la ligne Belgrade–Budapest trouve son origine deux ans plus tôt, dans le cadre de la plateforme 16+1, qui rassemblait la Chine et les pays d’Europe centrale et orientale. L’objectif était ambitieux : ramener le temps de trajet Belgrade-Budapest de huit à trois heures, grâce à une refonte complète de l’infrastructure et à des vitesses pouvant atteindre 200 km/h.

Financé à 85 % par un prêt de la banque chinoise d’import-export, ce projet s’inscrit pleinement dans l’initiative chinoise des nouvelles routes de la soie. Une partie de la section nord a été confiée à RZD International, la filiale export des chemins de fer russes, dans le cadre d’un prêt russe distinct. La coopération s’est également étendue à plusieurs acteurs européens : DB Technics pour la supervision technique et Stadler (Suisse) pour la fourniture du matériel roulant, complété par cinq rames à grande vitesse chinoises en commande.

Une avancée ferroviaire importante ternie par l’accident de Novi Sad

Le nouveau service, opéré par Serbian Railways, marque une rupture historique dans un système ferroviaire parti en lambeaux depuis la fin des années 1980. Les trains flambant neufs circulent désormais à des vitesses et fréquences compétitives, sur des infrastructures remises à neuf, et sans dépassement majeur de budget — fait rare dans la région. Lorsque la partie hongroise sera achevée, Belgrade et Novi Sad seront reliées à Budapest et au-delà à Vienne où résident plusieurs dizaines de milliers de serbes.

Mais le chantier a été endeuillé par la tragédie de Novi Sad, le 1er novembre 2024, lorsqu’une marquise en béton s’est effondrée sur la nouvelle gare, provoquant 16 morts.

L’opposition a immédiatement dénoncé la corruption systémique au sein de l’appareil d’État, accusant le pouvoir de négligences et de détournements. Ce drame a été le point de départ d’une contestation d’ampleur qui dure jusqu’à aujourd’hui. Le gouvernement de Aleksandar Vučić, lui, évoque une instrumentalisation politique du drame et voit dans les mobilisations qui ont suivi les signes d’une « révolution de couleur » encouragée depuis l’étranger, à l’image de ce que la Yougoslavie de Milošević a connu en 2000 avec le mouvement Otpor, laboratoire pour les stratégies américaines de changement de régime.

Une réussite économique et un enjeu stratégique pour la Chine

Pour Pékin, la ligne Belgrade–Budapest est une pièce maîtresse du corridor ferroviaire reliant le port grec du Pirée (contrôlé par la société chinoise COSCO) à l’Europe centrale.

Cette infrastructure assure un chaînon logistique rapide entre la Méditerranée et le cœur industriel européen, renforçant la présence chinoise dans les Balkans.

Sous le gouvernement Vučić, le partenariat avec la Chine s’est renforcé. La Chine est désormais, avec l’Allemagne, le premier fournisseur de la Serbie, tandis que le marché chinois absorbe près de 6 % des exportations serbes.

Un projet symbole de la diplomatie multipolaire serbe

Ce projet ferroviaire est plus qu’un simple chantier d’infrastructure : il illustre la stratégie d’équilibre géopolitique de Belgrade, dans la tradition du non-alignement yougoslave.

La Serbie coopère simultanément avec la Chine, la Russie et plusieurs acteurs européens, refusant de se laisser enfermer dans le cadre exclusif de l’adhésion à l’Union européenne.

L’UE a d’ailleurs critiqué ouvertement l’attribution des contrats à des entreprises chinoises et russes, invoquant un manque de transparence et le non-respect des standards européens. En parallèle, Bruxelles finance via la BEI la modernisation de la section Belgrade–Niš, espérant reprendre la main sur le corridor sud.

La diplomatie multipolaire de Belgrade porte ses fruits économiques — tout en accentuant la pression du bloc occidental, qui voit dans ce rapprochement une remise en cause directe de son influence et qui n’hésite pas à utiliser le processus d’adhésion à l’Union européenne comme un moyen de chantage. Vučić sait qu’il marche sur une ligne de crête. La Serbie est au centre des luttes d’influence entre les différents blocs et, comme il l’a souligné à la tribune de l’Assemblée générale de l’ONU, sa politique de paix et de refus de la logique de blocs est de plus en plus menacée. En témoigne la récente mise sous sanctions américaines de l’entreprise pétrolière nationale NIS, filiale de Gazprom qui pourrait entrainer des ruptures d’approvisionnement en pétrole dévastatrices pour le pays.

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