Depuis trois ans, l’économie allemande peine à retrouver son équilibre. En novembre 2024, l’indice ifo du climat des affaires, qui mesure le moral des entreprises allemandes, a reculé à 85,7 points, contre 86,5 le mois précédent. Ce niveau, bien inférieur à la référence de 100 points établie en 2015, témoigne d’une détérioration économique profonde et prolongée.
Contrairement aux ralentissements conjoncturels passés, cette crise s’inscrit dans une dynamique structurelle. L’Allemagne, longtemps considérée comme le moteur économique de l’Europe, voit ses piliers vaciller sous l’effet de plusieurs facteurs : transformation industrielle, transition énergétique, compétition internationale accrue et vieillissement de la population active. Les entreprises, interrogées dans le cadre de l’enquête de l’Institut ifo, jugent leur situation actuelle mauvaise et nourrissent peu d’espoir pour les mois à venir.
Secteurs sous tension : de multiples fragilités
L’analyse sectorielle des données de l’indice ifo révèle des difficultés marquées dans trois segments clés : l’industrie manufacturière, la construction et les services.
Dans l’industrie, véritable colonne vertébrale de l’économie allemande, les signaux sont alarmants. La baisse des commandes, notamment à l’exportation, reflète un affaiblissement de la demande mondiale. Par ailleurs, la transition énergétique, bien qu’indispensable, impose des coûts élevés aux entreprises, alors même que la concurrence internationale, notamment en provenance de la Chine, se fait plus rude. Les acteurs industriels, historiquement en pointe sur l’automobile ou la chimie, peinent à s’adapter à ces nouveaux impératifs.
Dans le secteur de la construction, les difficultés sont tout aussi préoccupantes. La flambée des coûts des matériaux, conjuguée à des restrictions environnementales croissantes, pèse lourdement sur les marges des entreprises. Les projets, qu’ils soient publics ou privés, se raréfient, accentuant le ralentissement. Quant aux services, leur situation reste critique.
Malgré des opportunités liées à la numérisation, de nombreuses entreprises du secteur peinent à trouver leur place dans une économie en mutation. L’incertitude générale freine les investissements, et les consommateurs, confrontés à une inflation persistante, réduisent leurs dépenses. Seul le secteur du commerce semble bénéficier d’une légère accalmie. Les attentes des grossistes et détaillants s’améliorent timidement, mais ces signes positifs restent insuffisants pour compenser la détérioration générale des autres secteurs.
Une réaction politique encore timide
Face à une situation aussi critique, les réponses politiques se font attendre. Les mesures mises en place – aides ponctuelles, subventions ciblées, allègements fiscaux – semblent insuffisantes pour enrayer la spirale descendante.
Pourtant, l’Allemagne dispose encore d’atouts pour sortir de cette impasse. Une stratégie audacieuse pourrait passer par une accélération de la transition numérique, des investissements massifs dans les infrastructures vertes et une refonte du système de formation professionnelle pour pallier la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.
La crise actuelle, bien qu’alarmante, constitue aussi une opportunité de repenser en profondeur un modèle économique qui a longtemps été un exemple de réussite.