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Les communistes sans ancrage social

L’abstention gagne les élections régionales en Italie

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Mise à jour le 22 novembre 2024
Temps de lecture : 5 minutes

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Union européenne Italie

Les élections régionales en Italie se sont soldées par un triomphe de l’abstention, un maintien de la droite et une avancée de la coalition de centre-gauche. Les communistes poursuivent leur crise.

En l’espace de deux mois, des élections régionales se sont tenues dans trois régions italiennes. Il s’agit de trois régions dites « rouges », où le Parti communiste italien (dissous en 1991) a toujours gouverné et où il est extrêmement puissant. Les résultats constituent, après les élections européennes, un premier bilan de deux années de gouvernement d’extrême droite.

Les 5 étoiles en crise

Au lendemain des élections, tout le monde dit avoir gagné. Mais c’est l’abstention qui gagne du terrain, alors que les régions italiennes possèdent bien plus de prérogatives que ce que nous pouvons connaître en France. Moins de la moitié des électeurs d’Émilie-Romagne, d’Ombrie et de Ligurie se sont rendus aux urnes.

La région de Ligurie, malgré un important scandale de corruption et le fait qu’elle comprenne Gênes, une ville de travailleurs portuaires historiquement à gauche, reste aux mains de la droite. L’Émilie-Romagne, malgré les inondations qui l’ont frappée en 2023 et 2024, confirme la coalition de centre-gauche avec un large avantage, même si la droite gagne du terrain dans les zones inondées. L’Ombrie, région historiquement rouge, mais gouvernée par un président d’extrême droite de la Ligue, revient au centre gauche à quelques voix près.

À droite, on observe une baisse des voix, mais surtout un glissement des voix au sein de l’extrême droite, de la Ligue de Salvini vers le parti héritier du fascisme « Fratelli d’Italia ». Dans l’ensemble, l’extrême droite reste la principale force au sein de la coalition de droite et de centre. Le centre-gauche parvient à se remettre de la crise profonde qu’il a traversée ces dernières années, en particulier le Parti démocrate. Le Partito Democratico reste le parti plébiscité par les centres-villes et est composé de membres et d’élus issus des classes moyennes (professions libérales, cadres, avocats, etc.).

Ce résultat n’est que la fin d’une baisse de consensus qui dure depuis des années, et certainement pas une victoire. La large coalition promue par le PD comprend également le Mouvement 5 étoiles, qui a adopté des positions traditionnellement à gauche ces dernières années, mais dont les résultats sont très modestes en raison de son faible ancrage social et territorial historique. Les résultats se situent autour de 4 %, juste au-dessus du seuil pour être élu.

Des communistes sans ancrage social

La crise des communistes italiens se poursuit. Le fait que le PCI ait changé de nom pour devenir d’abord socialiste puis libéral-démocrate (le Parti Démocrate) rend certes difficile l’enracinement des communistes en Italie. Mais les résultats dans toutes les régions (qui dépassent rarement 1 %) sont aussi la cause de l’absence totale d’enracinement social : les communistes sont absents des syndicats, des quartiers ouvriers, des associations, et sont incapables, même dans la dure crise sociale qui frappe l’Italie depuis 2008, de promouvoir une mobilisation sur l’une des nombreuses questions qui touchent les travailleurs italiens.

Les élections ne font que démontrer cet état de fait. Le fait d’avoir promu des listes alternatives au centre-gauche, ou de s’être présenté au sein de coalitions de centre-gauche pour faire barrage à l’extrême droite, a donné essentiellement les mêmes résultats.

Les électeurs ont préféré voter pour la gauche qui a le choix identitaire de toujours faire partie de la coalition de centre-gauche, ayant ainsi la possibilité d’être élue, c’est-à-dire les listes de l’Alliance de la Gauche Verte : les résultats de cette liste sont en augmentation, autour de 6-7 %. La composition des listes, comme celle des militants, reflète une composition sociale de l’ASV faite de classes moyennes et moyennes inférieures, avec l’absence totale de travailleurs manuels, de bas revenus, de précaires ou de chômeurs. C’est une gauche « aisée », qui défend la santé publique, les droits du travail et s’oppose à la guerre, mais qui peine à mettre en œuvre ce qu’elle préconise en raison des positions modérées du Parti Démocrate, son allié permanent. En d’autres termes, elle ne parvient pas, sauf dans une faible mesure, à faire évoluer la coalition de centre-gauche vers la gauche.

Les ouvriers, les travailleurs simples, ne sont présents dans aucune coalition et dans aucun parti parmi ceux qui participent aux élections. Sans eux, la partie se joue au sein des classes moyennes et supérieures.

Sans mobilisations sociales, il n’est pas possible de changer les relations électorales. Et sans communistes dans les syndicats, les associations, les quartiers, les écoles et les universités, ces mobilisations manquent, et lorsqu’elles existent, elles manquent d’ampleur, prennent des directions poujadistes et anti-politiques et finissent par ne rien obtenir.

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