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Vers un ordre monétaire multipolaire

L’Inde paie le pétrole russe en yuan, la mécanique d’un triangle stratégique

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Mise à jour le 30 octobre 2025
Temps de lecture : 3 minutes

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Chine Russie Inde BRICS États-Unis Énergie Guerre commerciale

C’est une décision technique aux conséquences géopolitiques importantes. L’Indian Oil Corporation a réglé plusieurs cargaisons de pétrole russe en yuan chinois, sans passer par le dollar. Ce choix permet à New Delhi de contourner les sanctions occidentales et de répondre aux droits de douane imposés par Washington, tout en accélérant un basculement monétaire au cœur du projet des BRICS+.

Car derrière ce geste se dessine un triangle économique inédit entre Inde, Russie et Chine, qui marginalise peu à peu le système du pétrodollar.

Une manœuvre monétaire pour contourner sanctions et pressions américaines

L’information révélée par Reuters peut sembler anecdotique, elle ne l’est pas. La compagnie publique Indian Oil Corporation a réglé deux à trois cargaisons de brut russe directement en yuan, contournant ainsi le dollar ou le dirham jusqu’ici utilisés comme devises intermédiaires.

Cette simplification n’est pas seulement une question de coûts : elle traduit une volonté politique de se détacher de l’infrastructure financière dominée par les États-Unis, qui constitue l’un des leviers majeurs des sanctions occidentales.

La décision de New Delhi intervient dans un contexte tendu. Fin août, Donald Trump a porté à 50 % les droits de douane sur les importations indiennes de pétrole russe, doublant les tarifs existants et menaçant d’étendre ces mesures à l’ensemble des pays affiliés aux BRICS. Plutôt que de se plier à ces pressions, l’Inde ajuste sa stratégie énergétique et monétaire. Elle cherche à garantir la sécurité de ses approvisionnements tout en affirmant son autonomie stratégique.

Un triangle économique qui redessine les équilibres

Ce choix monétaire n’est pas un acte isolé, il s’intègre dans une mécanique triangulaire qui illustre la recomposition des flux économiques mondiaux. L’Inde paie son pétrole russe en yuan, ce qui lui permet d’échapper aux sanctions et aux droits punitifs américains. La Russie, qui reçoit cette devise, réinvestit ces yuans en Chine pour importer des biens de consommation, des machines-outils ou des composants industriels — des secteurs où Pékin est incontournable. La Chine, enfin, voit sa monnaie gagner du terrain comme instrument d’échange international, renforçant ainsi sa position financière mondiale.

Ce circuit fermé crée un écosystème Sud-Sud autonome, moins vulnérable aux sanctions et moins dépendant du dollar. Il reflète une réalité stratégique : la complémentarité croissante entre les économies des BRICS+, chacune occupant une position clé dans ce triangle. L’Inde sécurise son énergie, la Russie diversifie ses débouchés commerciaux malgré l’embargo, et la Chine consolide son influence monétaire.

Ce basculement s’inscrit dans une dynamique plus large. En 2000, plus de 70 % du commerce mondial était libellé en dollars ; en 2025, ce chiffre est tombé à environ 55 %. L’utilisation du yuan dans les paiements transfrontaliers a bondi de 45 % en un an, et la monnaie chinoise est désormais la deuxième devise la plus utilisée dans les transactions SWIFT.

Le triangle yuan, pétrole et biens manufacturés

  • Inde → Russie : Paiement du pétrole russe en yuan, contournant sanctions et droits de douane américains.
  • Russie → Chine : Utilisation des yuans pour importer biens de consommation, technologies et composants industriels chinois.
  • Chine → Inde/Russie : Expansion internationale du yuan et renforcement de son rôle dans les échanges Sud-Sud
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