Mais ses déclarations, destinées avant tout à l’opinion américaine, tiennent souvent plus du coup de communication que d’un plan concret. Les talibans, eux, refusent catégoriquement, invoquant la souveraineté et la mémoire des vingt ans de guerre.
L’héritage d’une guerre sans victoire
De 2001 à 2021, l’Afghanistan a été le théâtre du plus long conflit de l’histoire américaine. La guerre débute après les attentats du 11 septembre et le refus des talibans d’extrader Oussama ben Laden. L’opération Enduring Freedom, lancée le 7 octobre 2001, renverse rapidement le régime. Kaboul tombe en novembre, Kandahar en décembre, tandis que Ben Laden s’échappe à Tora Bora.
Cette victoire fulgurante laisse place à une guérilla interminable. Les talibans se réorganisent au Pakistan et multiplient attentats-suicides et attaques asymétriques. Malgré un pic de 150 000 soldats étrangers en 2012 et des dépenses américaines dépassant 800 milliards de dollars, la coalition échoue à bâtir un État stable. L’armée afghane, minée par la corruption et dépendante de l’aviation américaine, s’effondre à la moindre offensive sérieuse.
L’accord de Doha, signé en 2020 entre Washington et les talibans, scelle le retrait. En août 2021, la capitale s’effondre sans combat majeur, le président Ghani fuit, et l’Émirat islamique renaît. Le bilan humain est terrible : plus de 165 000 morts, dont 50 000 civils, 70 000 soldats afghans et 3 500 militaires de la coalition sous bannière américaine.
Trump réactive le spectre de Bagram
C’est ce passé que Donald Trump vient de raviver. En septembre 2025, il a exigé la reprise de la base aérienne de Bagram, située à 50 km de Kaboul, affirmant que sa localisation offrait aux États-Unis un levier unique face à la Chine. Sur Truth Social, il a averti que « de mauvaises choses arriveront » si Washington n’y retourne pas.
Cette posture s’inscrit dans sa rhétorique d’« Amérique forte », dénonçant la perte de Bagram comme une humiliation infligée par le retrait de 2021. Mais derrière l’effet d’annonce, Trump s’adresse avant tout à son électorat : plus qu’une stratégie militaire réaliste, il brandit un symbole destiné à galvaniser l’opinion américaine.
Reprendre et sécuriser le site impliquerait un déploiement militaire massif, proche d’une réinvasion. Plusieurs analystes jugent cette initiative irréaliste, mais politiquement utile. Bagram devient un outil rhétorique, plus qu’une option opérationnelle.
Face à ces déclarations, la réaction talibane a été immédiate. Le porte-parole Zabihullah Mujahid a rejeté l’idée comme « irréaliste et contraire à l’indépendance de l’Afghanistan ». Le ministère de la Défense a ajouté que « céder un seul pouce de notre sol est impensable ». Les autorités rappellent que l’accord de Doha engageait Washington à ne plus intervenir.
Pour Washington, Bagram reste un traumatisme. Abandonnée de nuit par les troupes américaines en juillet 2021, livrée aux pillages, la base symbolise la défaite américaine et le chaos du retrait. Pour les talibans, au contraire, elle incarne une victoire éclatante.
Toute tentative de retour est désormais perçue comme une atteinte directe à la souveraineté revendiquée par l’Émirat islamique.
La base de Bagram, cœur de vingt ans de guerre
- Construite par les Soviétiques dans les années 1950, Bagram devient le pivot de l’intervention américaine après 2001.
- Elle accueille jusqu’à 40 000 militaires et civils, dotée d’un hôpital géant, de prisons et de deux pistes capables de recevoir les plus gros avions de l’US Air Force.
- Symbole de la puissance américaine, elle est aussi associée à des abus : détentions arbitraires, accusations de torture.
- Fermée et abandonnée dans la nuit du 2 juillet 2021, sans prévenir les autorités afghanes, elle a été aussitôt pillée. Depuis, les talibans en ont repris le contrôle.