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Iran

Le Toudeh face à la rue iranienne, entre colère populaire et refus des ingérences

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Iran

Dans une déclaration publiée le 30 décembre dernier, le Parti Toudeh d’Iran propose une lecture singulière des mobilisations qui secouent le pays. Loin des narratifs occidentaux dominants, le parti communiste historique reconnaît la profondeur de la crise sociale iranienne tout en mettant en garde contre les tentatives de récupération géopolitique, notamment par les États-Unis et Israël.

Une position façonnée par une histoire politique marquée par les illusions perdues et la répression.

Une crise sociale réelle, pas un soulèvement téléguidé

Le point de départ de l’analyse du Toudeh est sans ambiguïté : l’Iran traverse une crise socio-économique profonde. Inflation supérieure à 40 %, effondrement de la monnaie nationale, paupérisation accélérée des classes populaires et moyennes, corruption endémique, effets durables des sanctions internationales. Pour le parti, ces facteurs constituent la matrice réelle des mobilisations actuelles.

Le Toudeh rejette toute lecture conspirationniste qui nierait la colère populaire. Les manifestations sont décrites comme l’expression d’un rejet croissant d’un système qualifié de « despotisme religieux et capitaliste », incapable de répondre aux besoins sociaux élémentaires. La diversité sociologique des protestataires — ouvriers, enseignants, étudiants, femmes, retraités, petits commerçants — est présentée comme un élément central, déjà observé lors des vagues de 2018, 2019 et 2022.

Dans cette perspective, le slogan « Mort au dictateur » n’est pas interprété comme un ralliement automatique à une alternative pro-occidentale, mais comme un cri de rupture globale avec un ordre politique et économique verrouillé.

Mémoire politique et refus des faux sauveurs

Si le Toudeh se montre prudent face aux scénarios de changement de régime promus depuis l’étranger, c’est d’abord par expérience historique. En 1979, le parti avait soutenu l’ayatollah Khomeyni au nom de l’anti-impérialisme, avant d’être interdit, décapité et décimé par la République islamique au début des années 1980. Des milliers de ses militants furent emprisonnés, torturés ou exécutés.

Cette mémoire explique la méfiance actuelle vis-à-vis des tentatives de personnalisation du mouvement autour de figures exilées, notamment le fils du dernier Shah. Pour le Toudeh, cette option ne constitue ni une rupture démocratique ni une réponse sociale, mais le recyclage d’un ordre ancien adossé à des intérêts étrangers.

Le parti alerte explicitement contre le risque d’une « révolution confisquée », où une colère sociale authentique serait instrumentalisée pour imposer une recomposition politique alignée sur des agendas extérieurs, sans transformation structurelle au bénéfice de la population.

Grève générale et changement endogène

La ligne défendue par le Toudeh repose sur un principe constant : aucun changement durable ne peut être importé. La déclaration appelle à l’organisation d’une grève générale nationale, conçue comme un outil de convergence entre luttes sociales et revendications démocratiques.

Femmes, travailleurs, étudiants et retraités sont invités à construire un rapport de force interne, autonome, à l’abri des ingérences étrangères comme des illusions messianiques. Une position minoritaire dans l’espace médiatique international, mais cohérente avec une tradition politique forgée dans la longue durée.

Le Toudeh, un parti marqué par l’histoire

Fondé en 1941, le Parti Toudeh a longtemps été une force centrale de la gauche iranienne, influente dans les milieux ouvriers, intellectuels et culturels. Successivement allié de Mossadegh puis de Khomeyni, il a payé très cher ses choix stratégiques : interdit en 1983, décimé lors des purges des années 1980, il survit aujourd’hui en exil.

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