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Sanae Takaichi par Trong Khiem Nguyen
Élections

Le Parti libéral-démocrate va-t-il conserver le pouvoir au Japon ?

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Mise à jour le 24 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Japon Asie

Sanae Takaichi est la nouvelle présidente du Parti libéral-démocrate (PLD), parti constamment aux affaires depuis 2012. Elle est bien placée pour devenir Première ministre du Japon, même si le début de sa présidence coïncide avec la fin, en ce mois d’octobre, de la coalition entre sa formation et le parti Komeito.

Elle devrait succéder à Shigeru Ishiba, l’actuel Premier ministre du pays. Connue comme une nationaliste et conservatrice, Sanae Takaichi doit faire face à la prise de distance soudaine et unilatérale de son allié le Komeito, qui collaborait avec le PLD depuis 26 ans.

Scandale financier

La cause de la rupture est un différend à propos des réglementations sur le financement de la vie politique, alors que le PLD est mis en cause depuis plusieurs années pour des faits de corruption et l’existence de caisses noires. Le journal communiste Shinbun Akahata est à l’origine des révélations en 2023, ce qui conduit aujourd’hui le Parti communiste japonais (PCJ) à demander l’interdiction des dons d’entreprises et de personnes morales aux partis politiques.

Le PCJ pointe d’ailleurs le soutien de Taro Aso à la nouvelle direction du PLD. Cet homme d’affaires, issu d’une dynastie industrielle des houilles, des forges, de la cimenterie et de l’immobilier, est une figure importante de l’aile militariste de son parti. Sa famille est fortement impliquée dans l’exploitation des Coréens pendant l’occupation.

Qu’est-ce que le PLD ?

Presque toujours au gouvernement depuis sa création en 1955, le Parti libéral-démocrate est le principal parti politique japonais, rassemblant historiquement de nombreuses factions : libéraux, conservateurs, nationalistes et militaristes. Tous les Premiers ministres japonais proviennent de ce parti depuis 1955, sauf entre 1993 et 1996 et entre 2009 et 2012. Contrairement à de nombreux partis d’opposition, le PLD souhaite changer la constitution du Japon, datant de l’occupation américaine, pour réviser l’Article 9 (renonciation à la guerre et à l’usage de la force).

Le gouvernement japonais sans majorité

Au-delà des scandales financiers, le PLD s’est également rendu plus impopulaire avec des hausses de la taxe sur la consommation, dans un contexte de forte inflation, de chute du yen et de surtaxation des marchandises japonaises exportées aux États-Unis. En conséquence, le PLD a perdu il y a quelques mois sa majorité parlementaire.

Le gouvernement japonais est également confronté à l’émergence d’un parti d’extrême droite qui grignote son électorat traditionnel : le Sanseitō reprend le discours anti-immigration que tenait le PLD et progresse au Parlement. Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, de vieillissement de la population et de hausse de l’immigration asiatique, le Sanseitō pourrait encourager la nouvelle présidente du PLD à prendre des mesures anti-immigration.

La situation économique du Japon pourrait également empirer. L’accord commercial avec les États-Unis impose 15 % de droits de douane supplémentaires sur les exportations japonaises et des engagements d’investissement dans l’économie américaine à hauteur de 550 milliards de dollars. Il oblige même le Japon à importer du riz américain (770 000 tonnes par an).

Le militarisme fait le jeu de Washington

Le nationalisme du PLD n’est donc pas sans contradictions. Il se pourrait que le comportement de « l’allié » américain soit vécu comme une humiliation nationale : Donald Trump durcit la relation commerciale au moment où le Japon traverse une crise économique et politique.

Les États-Unis font également pression pour augmenter le budget japonais de la Défense de 2 % à 5 % du PIB. Il faut rappeler que le Japon couvre déjà 75 % des dépenses des bases américaines sur son archipel.

Est-ce que cela convient au PLD ? Ses derniers Premiers ministres ont progressivement modifié l’interprétation de l’Article 9 de la Constitution, par simple décision ministérielle, dans un but de remilitarisation. Dans les faits, cela profite surtout aux industries militaires américaines et à son armée.

Instrumentalisation de la rivalité avec la Chine

Washington a tout intérêt au développement du nationalisme japonais dans un sens anti-chinois. Cela permet d’enfermer le Japon dans une dépendance vis-à-vis des États-Unis et lui faire payer la facture.

À ce sujet, les actes du gouvernement japonais sont contradictoires. D’un côté, le Japon a appelé des pays européens et asiatiques à s’abstenir d’assister au défilé militaire le 3 septembre à Beijing pour commémorer le 80e anniversaire de la victoire de la Guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise. De l’autre, le gouvernement japonais a cette année participé à un sommet trilatéral avec la Corée du Sud et la Chine et tente d’apaiser ses relations avec les Coréens.

En réalité, la Chine pèse autant que les États-Unis en tant que client (environ 20 % du commerce extérieur japonais), mais elle a un poids deux fois plus important comme fournisseur (22 % des importations, contre 10 % pour les États-Unis).

En réaction à l’élection de Sanae Takaichi, le quotidien chinois Global Times rapporte que le ministère des Affaires étrangères appelle le Japon à honorer ses engagements sur l’histoire et la question de Taiwan, tout en développant une relation mutuellement bénéfique.

Le Japon compte bien être présent au Sommet de l’Asean et au forum de l’APEC, où Sanae Takaichi, si elle devient Première ministre, pourrait rencontrer Xi Jinping. Il sera intéressant de voir si, derrière les postures nationalistes et militaristes, le gouvernement japonais tente en pratique de sortir de la dépendance aux États-Unis et de renforcer la coopération avec ses voisins.

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