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Caucase du Sud

Le Corridor de Zanguezour est mort, vive la « Voie Trump » ?

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Mise à jour le 24 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Asie Iran Turquie Azerbaïdjan Arménie

Le projet d’ouverture de liaisons de transport à travers le Caucase du Sud, abusivement appelé le « corridor de Zanguezour » par l’Azerbaïdjan et la Turquie, a récemment pris une tournure radicalement nouvelle sous l’égide de l’impérialisme américain.

Après le sommet du 8 août à la Maison-Blanche, médiatisé par le président Donald Trump en pleine campagne pour le prix Nobel de la paix, cette liaison stratégique reliant l’Azerbaïdjan à son exclave du Nakhitchevan via la région arménienne de Syunik a été rebaptisée « Voie Trump pour la paix et la prospérité internationale » (TRIPP). Ce basculement marque un pivot complet vers l’Ouest pour l’Arménie.

La souveraineté arménienne en berne

Le corridor de Zanguezour, ou désormais TRIPP, est un élément central du processus de normalisation entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan. Bien qu’un traité de paix ait été paraphé (mais non signé formellement), le projet de route lui-même est historiquement controversé depuis 2001 et a été inclus comme neuvième point dans la déclaration de cessez-le-feu trilatérale de novembre 2020 qui a mis fin à la deuxième guerre du Karabakh.

Les travaux sur la section azerbaïdjanaise de cette route seraient déjà achevés à 95 %. Le changement majeur réside dans l’implication des États-Unis, qui ont obtenu un mandat pour superviser la création et l’opération de la TRIPP, envisageant même un bail de 99 ans sur la section arménienne de 44 kilomètres et des droits de développement exclusifs.

Malgré les affirmations du Premier ministre arménien Nikol Pashinyan selon lesquelles la TRIPP garantira la pleine souveraineté de l’Arménie, la route, que l’Azerbaïdjan et la Turquie insistent à appeler « Corridor de Zanguezour », est perçue par l’opposition arménienne et les puissances régionales comme une cession de souveraineté. Pour l’Azerbaïdjan et la Turquie, le terme « corridor de Zanguezour » implique que la juridiction de l’Arménie ne s’appliquerait pas sur ce tracé. Le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a explicitement déclaré que les marchandises et les citoyens azerbaïdjanais « ne doivent pas croiser le regard des gardes-frontières arméniens ni de quiconque ». Aliyev a affirmé que la route sera ouverte d’ici la fin de 2028. En clair, il n’est pas question d’une route sous souveraineté arménienne.

L’Arménie, pour sa part, rejette toute « logique de corridor » sur son territoire et insiste sur le respect de sa souveraineté, de son intégrité territoriale et de sa juridiction pour l’ouverture des voies de communication.

Un axe turco-américain en construction

L’idée du « corridor de Zanguezour » est née du côté de l’axe turco-azerbaïdjanais. Mais cette perspective semble être mise de côté par l’initiative TRIPP, gérée par les États-Unis, qui s’apparente à un compromis entre Washington et Ankara. De plus, cette « Voie Trump » est perçue comme un coup de force géopolitique, remplaçant, de fait, l’idée d’un corridor sous contrôle russe envisagé après 2020. Un remplacement qui ne choque pas Erdogan et son homologue azerbaïdjanais.

L’implication des États-Unis est une tentative de consolider sa position politique dans le Caucase du Sud, agissant comme garant externe de la normalisation et réduisant l’influence traditionnelle de Moscou. Ce projet est aussi explicitement perçu comme une stratégie visant à forger un contrepoids à l’initiative des nouvelles routes de la soie de la Chine.

Pour la Turquie, la TRIPP représente un gain significatif, lui offrant une liaison terrestre directe avec l’Azerbaïdjan et, par extension, l’Asie centrale. Cette route renforce le corridor Est-Ouest (Corridor du Milieu), élevant la position de la Turquie comme centre logistique entre l’Europe et l’Asie et servant sa vision panturquiste. L’inauguration de la TRIPP permettrait également à la Turquie de réduire sa dépendance à l’égard de l’Iran pour le transit de marchandises.

De son côté, l’Iran exprime son inquiétude face à la présence militaire étrangère dans le Caucase du Sud. Téhéran craint que des entreprises américaines n’utilisent la route à des fins de surveillance contre l’Iran, ce qui pourrait déstabiliser la région.

Une autre voie est-elle encore possible ?

Sur le plan économique et commercial, le projet est susceptible d’apporter des avantages à la majorité des acteurs régionaux et extra-régionaux, posant les jalons d’une coopération économique pouvant potentiellement déboucher sur une paix durable.

L’ouverture d’une route permettrait à l’Arménie de participer au Corridor de transport international Nord-Sud (INSTC) et non de le concurrencer. Cet axe pourrait notamment permettre le rétablissement du lien ferroviaire Arménie-Iran, aidant ainsi l’Iran et la Russie à réduire leur dépendance à l’égard de l’Azerbaïdjan. Actuellement, l’unique route terrestre vers son principal partenaire économique, la Russie, passe par la Géorgie (Upper Lars), un itinéraire difficile et inefficace en hiver.

Néanmoins, l’opposition intérieure arménienne utilise la « Voie Trump » contre le gouvernement Pashinyan. Des sondages post-sommet de Washington indiquent que près de 60 % des répondants en Arménie s’opposent à la TRIPP. Les critiques estiment que l’accord est une concession majeure, surtout après la disparition du Haut-Karabakh comme élément de négociation. Ce manque de clarté et le vide d’informations pratiques sur la TRIPP de la part du gouvernement arménien pourraient nuire à un accord gagnant-gagnant entre les acteurs régionaux.

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