Lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G20 en marge de l’Assemblée générale de l’ONU, le chef de la diplomatie indonésienne, Sugiono, a exhorté les puissances à transformer le G20 en « moteur de la confiance multilatérale ». Pour Jakarta, cette plateforme doit garantir un développement équilibré et inclusif.
L’Indonésie comme trait d’union ?
Cette position s’explique par l’évolution du statut international de l’Indonésie. Déjà hôte du G20 en 2022 à Bali, le pays a franchi un cap en rejoignant les BRICS élargis, ce qui lui offre une nouvelle caisse de résonance dans le Sud Global. Dans le même temps, Jakarta a scellé un accord de libre-échange avec l’Union européenne, preuve de sa volonté de diversifier ses partenariats et d’incarner un pont entre continents.
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L’Indonésie et les BRICS+ en pleine expansion
Dans cet équilibre subtil, l’Indonésie mise sur son image d’État pivot : non-aligné dans la Guerre froide, aujourd’hui médiateur entre blocs, elle entend utiliser le G20 pour transformer les fractures géopolitiques en opportunités de coopération.
Un multilatéralisme sous tension mais élargi
La réunion a montré la diversité des priorités. Le président sud-africain Cyril Ramaphosa, futur hôte du G20 en 2025, a plaidé pour une réforme de l’architecture financière mondiale afin de rendre les financements plus accessibles aux pays vulnérables. Le ministre russe Sergueï Lavrov a rappelé l’importance de la Charte de l’ONU comme cadre universel. L’Arabie saoudite a mis en avant l’économie verte et la transition numérique comme leviers de croissance partagée.
La France, membre fondateur du G20, insiste pour sa part sur le rôle central de l’ONU et sur la nécessité d’un dialogue multilatéral renforcé. Mais Paris se heurte à une critique récurrente : celle de défendre une approche trop arrimée aux positions occidentales, alors même que de nouveaux pôles comme les BRICS gagnent en influence.
Signe d’une ouverture institutionnelle, le G20 compte désormais deux unions régionales membres permanents, avec l’Union européenne et, depuis 2023, l’Union africaine. Cette évolution donne plus de poids au Sud et légitime davantage l’Afrique dans les négociations globales. Elle offre aussi un écho supplémentaire à la présidence sud-africaine de 2025, qui espère faire de Johannesburg un sommet de rupture.
Johannesburg 2025, un rendez-vous test pour le multilatéralisme
Le prochain sommet des chefs d’État et de gouvernement du G20 se déroulera les 21 et 22 novembre 2025 en Afrique du Sud, première édition organisée sur le continent africain. Les attentes sont fortes : réforme du système financier, inclusion accrue des économies émergentes, transition énergétique et numérique.
L’Union africaine, désormais membre permanent du G20 au même titre que l’Union européenne, fera entendre pour la première fois sa voix dans ce format. Pour l’Indonésie, nouvelle membre des BRICS et partenaire commercial de l’UE, ce rendez-vous pourrait démontrer que le G20 reste une plateforme capable d’unir des intérêts divergents. La France, qui se veut défenseur du multilatéralisme, devra aussi clarifier sa position face à un monde multipolaire en gestation.