Cette opération à peine maquillée vient de franchir un nouveau palier avec l’accord donné par le président des États-Unis pour que la CIA effectue des attaques sur le sol vénézuélien.
Après la mer, Trump envisage des actions à terre
Pour justifier son opération militaire dans la mer des Caraïbes, Trump avait évoqué le 1er octobre dans une lettre adressée au Congrès que les États-Unis étaient en « conflit armé non-international avec ces organisations terroristes désignées ». Cette présentation de l’opération vise à nier la volonté d’une guerre entre États, en l’occurrence contre le Venezuela. Les États-Unis se présentant officiellement en guerre contre des narcotrafiquants présumés.
Mais dans le même temps la flotte de guerre des États-Unis est positionnée à la limite des eaux territoriales du Venezuela. Des violations de l’espace aérien du Venezuela ont été rapportées. Le Venezuela est mentionné textuellement dans les messages officiels du gouvernement des États-Unis relatifs aux frappes sur les bateaux. Le président du Venezuela Nicolás Maduro en personne est présenté par l’administration Trump comme le chef d’une organisation narco-terroriste. Des affiches officielles dignes d’un western avec une photo du président vénézuélien et la mention d’une « récompense de 50 millions de dollars pour toute information menant à son arrestation » ont été publiées. Dans ce contexte il n’est pas nécessaire de forcer beaucoup le trait pour faire le lien entre l’opération anti-drogue officielle et la volonté de réaliser une intervention de type changement de régime au Venezuela.
Pour aller plus loin dans son opération, Trump a toutefois besoin d’une intervention à terre, sur le sol vénézuélien. Un attentat contre le bâtiment diplomatique des États-Unis à Caracas aurait offert un prétexte sur mesure, mais celui-ci a été déjoué par les services vénézuéliens le 6 octobre. Semblant perdre patience, le président des États-Unis a décidé de confirmer une information du New York Times du 15 octobre révélant l’autorisation donnée par Donald Trump à la CIA de mener des actions clandestines au Venezuela ainsi qu’à l’encontre du président vénézuélien. Et l’hôte de la Maison-Blanche de menacer « Je ne veux pas vous en dire plus, mais nous regardons du côté du sol à présent, car nous contrôlons très bien la mer », ouvrant la voie publiquement à une possible intervention militaire.
Le même jour, lors d’un discours au Conseil national pour la souveraineté et la paix, le président vénézuélien a répondu aux menaces états-uniennes « Plus de coups d’État de la CIA […] l’Amérique latine n’en veut pas » affirmant que « la paix doit être préservée ». Dans une adresse directe « au peuple des États-Unis », Nicolás Maduro s’est exprimé en anglais : « Écoutez-moi, non à la guerre, oui à la paix, de la part du peuple de la République bolivarienne ». Le président vénézuélien a également rehaussé dans la foulée la mobilisation militaire dans les régions de Tachira, Apure et Amazonas, frontalières avec la Colombie. Dans un message audio sur Telegram, Nicolás Maduro a également précisé que ces opérations ont pour but de défendre « les montagnes, les côtes, les écoles, les hôpitaux, les usines, les marchés » et à « gagner la paix ».
Un cinquième bateau coulé
Le 14 octobre, Trump a publié sur son compte Truth Social la vidéo d’une cinquième attaque contre un bateau dans la mer des Caraïbes, précisant avoir tué six personnes à bord de la petite embarcation. Aucune preuve matérielle sur l’activité, la localisation et l’identité des victimes n’a été donnée. Cela porte à 27 au moins le nombre d’exécutions extra-judiciaires réalisées par l’armée des États-Unis depuis début septembre en mer des Caraïbes.