L’administration Trump II a usé de tous les moyens possibles pour infléchir le vote : mensonges, menaces, carottes financières. Avec 7 voix contre et 12 abstentions, ils sont parvenus à faire évoluer une bonne dizaine de voix par rapport aux dernières années. Néanmoins, ce vote montre plus la force de contrainte des États-Unis sur les gouvernements à sa solde qu’une réelle capacité de convaincre au sein de l’ONU.
L’impérialisme des États-Unis à l’offensive
L’attitude plus agressive de la diplomatie des États-Unis était déjà palpable sur la forme. Alors qu’à l’habitude, ses représentants ne s’expriment pas, ou à la fin du vote seulement, cette fois l’administration Trump a envoyé le représentant numéro 1 des États-Unis aux Nations unies pour faire un discours avant le vote. Il s’agit de Mike Waltz, un trumpiste de Floride pure et dur et bien entendu anticommuniste et anti-cubain pathologique.
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Son discours est venu illustrer la stratégie mise en œuvre par les États-Unis depuis plusieurs mois. Il a tour à tour qualifié le vote de « théâtre politique », nié l’existence du blocus contre Cuba ou encore tenté de justifier des mesures contre le « régime » à Cuba qui n’affecterait pas, selon lui, le peuple cubain. Waltz a répété les mensonges distillés depuis des années contre Cuba par le gouvernement des États-Unis : menace pour la sécurité des États-Unis « à seulement 90 miles de nos côtes », « soutien à des organisations terroristes dans le monde entier » ou encore d’être lié au Venezuela qualifié de « narco État ».
Mais c’est surtout l’élément de langage plus récent et mobilisé par la diplomatie états-unienne présentant le gouvernement cubain comme encourageant la participation de mercenaires cubains aux côtés de la Russie dans la guerre en Ukraine qui a surtout été utilisé pour modifier plusieurs votes. Depuis plusieurs semaines, la diplomatie cubaine alertait sur l’utilisation de cette fake news des États-Unis pour tenter de faire pression sur de nombreux pays. Pour rappel, le gouvernement cubain n’est pas partie prenante à cette guerre et interdit résolument toute forme de mercenariat pour les citoyens cubains, que ce soit du côté russe ou ukrainien.
Fait rare, devant la grossièreté des mensonges et des mots employés par l’ambassadeur des États-Unis, la diplomatie cubaine a demandé une « motion d’ordre » qui permet de faire un rappel à l’ordre à l’orateur s’il dévie du sujet. Le Ministre cubain des Affaires étrangères, Bruno Rodríguez, a invité Mike Waltz à ne pas mentir ni « manquer de respect à la dignité de l’Assemblée et des États membres » insistant sur le fait qu’il s’agissait de « l’Assemblée des Nations unies et non pas d’un groupe Signal ».
Le vote illustre la capacité de coercition de Washington
Mike Waltz a terminé son discours par un appel, presque une menace « nous vous invitons tous à utiliser le vote contre ou l’abstention dans ce vote ». Finalement, à part Israël qui vote systématiquement avec Washington contre la levée du blocus, seuls cinq pays ont accepté de voter contre : le Paraguay, la Macédoine du Nord, la Hongrie, l’Argentine et l’Ukraine. L’Argentine dirigée par Milei est proche idéologiquement de l’administration Trump mais elle a aussi besoin d’argent, Trump étant prêt à octroyer environ 40 milliards de dollars à son ami, moyennant quelques concessions diplomatiques. Le Paraguay est dirigé par l’extrême droite, son président Santiago Peña est l’héritier politique de la dictature de Stroessner (1954-1989) et un ami de Milei, Netanyahou et Trump. En Hongrie, Viktor Orbán, célèbre trumpiste européen, en difficulté pour les élections de 2026, semble avoir besoin du soutien de l’Oncle Sam. La Macédoine du Nord opère un virage atlantiste depuis quelques années et apparaît désireuse de montrer patte blanche. Enfin, l’Ukraine a évidemment besoin d’armes et d’argent.
Les abstentions sont un peu plus nombreuses : 12. Il s’agit essentiellement des gouvernements les plus atlantistes du continent européen, qui se sont servis de l’argumentaire du conflit russo-ukrainien pour motiver leur abstention cette année : Albanie, Bosnie-Herzégovine, République tchèque, Estonie, Lettonie, Lituanie, Roumanie, Pologne et la Moldavie. Ou d’autres gouvernements latino-américains totalement fidèles à Washington : Costa Rica et Équateur.
À part Israël qui a voté contre la résolution et le Maroc qui s’est abstenu, aucune voix des continents africain et asiatique n’a manqué au soutien à Cuba. Ce résultat, s’il peut paraître positif pour les États-Unis en apparence par rapport aux années antérieures, est en réalité beaucoup plus nuancé si l’on considère la grande campagne politique et diplomatique qu’ils ont engagée depuis des mois pour infléchir les votes à l’ONU. Malgré les menaces, les mensonges et les pressions, seuls les gouvernements occidentaux dirigés par l’extrême droite et en difficulté financière ou militaire ont obéi à Washington. Ce vote montre donc à la fois un soutien international massif des États à la levée du blocus contre Cuba et à la fois un impérialisme états-unien plus agressif mais qui ne fait que les fonds de tiroirs.