Le rappel des faits est précis. Melissa a frappé Cuba le 29 octobre 2025 après avoir ravagé la Jamaïque et Haïti. Dans les provinces orientales – Santiago de Cuba, Guantánamo, Granma ou Holguín –, près d’un million de logements ont été endommagés, des centaines d’infrastructures de santé détruites et des centaines de milliers de personnes évacuées. Malgré l’ampleur des dégâts, la mobilisation des autorités et de la population a permis de limiter les pertes humaines à une seule victime.
C’est dans ce contexte qu’au lendemain de la catastrophe, Washington annonçait son intention d’envoyer une aide humanitaire. Une annonce restée sans suite pendant plus de deux mois. « 77 jours se sont écoulés », souligne le communiqué cubain, avant que le Département d’État n’indique, le 14 janvier, qu’« une partie de cette aide arriverait sur le territoire national ». Problème : « À aucun moment il n’y a eu de communication officielle du gouvernement des États-Unis avec le gouvernement cubain pour confirmer cet envoi. »
Plus révélateur encore, le canal choisi. Ce n’est pas par des échanges institutionnels que La Havane a été informée, mais par l’Église catholique cubaine, alertée par la Conférence des évêques catholiques des États-Unis, pressentie pour servir d’intermédiaire. Un contournement politique assumé, que les autorités cubaines refusent de laisser passer sous silence.
Pour autant, le communiqué réaffirme une ligne constante. « Par principe, Cuba ne s’oppose pas à l’aide provenant de gouvernements ou d’organisations, dès lors qu’elle bénéficie au peuple et que les besoins des sinistrés ne sont pas utilisés pour tirer un profit politique sous couvert d’un geste humanitaire. » L’aide est acceptée, « sans condition », et replacée à sa juste place : celle d’un « geste du peuple des États-Unis », qui finance les fonds publics mobilisés par son gouvernement.
La Havane rappelle aussi que toute assistance est « reçue, organisée et distribuée » par les autorités officiellement chargées de cette mission, avec la participation d’organisations expérimentées, dont l’Église. Et d’insister sur le fait que cette contribution américaine « ne représente qu’une fraction de l’effort du peuple et du gouvernement cubains », ni même de l’aide internationale déjà reçue, y compris de la part d’organisations américaines indépendantes de Washington.
La conclusion, presque sèche, rappelle que « le Département d’État pourra continuer à mentir sur Cuba, mais qu’il ne pourra pas modifier les faits ». Derrière la formule, un rappel politique. À Cuba, la solidarité n’est pas un outil de communication. Et la reconstruction, engagée dès les premières heures après Melissa, n’a jamais attendu l’aval ni la mise en scène de Washington.