Créée par la Charte du Liptako-Gourma, l’organisation s’était d’abord constituée comme alliance militaire défensive. À New York, elle a voulu faire entendre la voix d’un bloc politique et diplomatique qui revendique sa place dans le concert des nations.
Souveraineté intégrale et refus des ingérences
Dans un discours offensif, le représentant malien a présenté les priorités de l’AES : souveraineté totale, contrôle des ressources, coopérations gagnant-gagnant. Le Premier ministre du Niger, Lamine Zeine, a dénoncé le rôle du soutien extérieur au terrorisme, visant directement la France, accusée aussi de mener une guerre économique et informationnelle.
La menace en 2023 d’une intervention militaire de la CEDEAO contre le Niger, appuyée par la France, a été évoquée comme preuve de la persistance d’une politique colonialiste. Les dirigeants sahéliens ont revendiqué la continuité des combats panafricanistes de Sankara, Lumumba et Nkrumah. « Seule la lutte libère », ont-ils affirmé.
Si la France a été la cible principale, l’Algérie n’a pas été épargnée. Son ministre des Affaires étrangères a été qualifié d’« énergumène d’Alger », son gouvernement de « junte » soutenant le terrorisme. En toile de fond, l’incident du 1ᵉʳ avril 2025, quand un drone malien a été abattu par l’armée algérienne. Depuis, ambassadeurs rappelés et espaces aériens fermés. L’Ukraine a également été accusée d’armer les terroristes.
Une ONU paralysée face aux puissances occidentales
Au nom de l’AES, les orateurs ont pointé les échecs de l’ONU, 80 ans après sa création. Les objectifs de paix et de développement restent hors d’atteinte, ont-ils souligné, en raison de la mainmise des puissances occidentales sur le Conseil de sécurité.
Comme d’autres pays africains, l’AES réclame deux sièges permanents et cinq non permanents pour l’Afrique. À défaut, « l’ONU finira comme la SDN », a averti le Premier ministre malien. Avec un appui affiché à Cuba, au Venezuela ou à la Palestine, l’AES entend se placer dans le camp des nations souveraines qui résistent aux diktats impérialistes.
Une intégration régionale en marche
L’AES a réaffirmé sa volonté de rompre avec l’exploitation impérialiste des ressources en lançant une stratégie de développement endogène et en renforçant son intégration. Les premières avancées sont concrètes :
- Création d’une banque confédérale d’investissement
- Adoption d’un drapeau, d’un hymne et d’un passeport commun (déjà reconnu par la France)
- Retrait collectif de la Cour pénale internationale en septembre 2025, dénoncée comme un instrument politique de l’Occident
Malgré leur départ de la CEDEAO, les trois pays veulent peser dans la région. Premier succès, les sanctions économiques ont en grande partie été levées et plusieurs États ont rouvert leurs frontières, un élément crucial pour l’accès stratégique de l’AES au golfe de Guinée.
Du front militaire à la puissance panafricaniste
D’une alliance militaire de défense en 2023, l’AES se projette désormais en puissance régionale panafricaniste. Son objectif est clair : bouter le terrorisme hors du Sahel et assurer le développement de ses peuples.
Ce discours confirme le tournant de 2023. Les peuples du Sahel, longtemps réduits au silence par des tutelles extérieures, ont imposé le départ des troupes françaises et occidentales. Désormais, ils veulent parler au monde d’égal à égal.
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Ce qui se joue dans la région, malgré les graves difficultés sécuritaires et économiques, dépasse un énième coup d’État militaire. C’est une remise en cause concrète de l’ordre imposé par l’Occident en Afrique.
En deux ans, l’AES a reconfiguré les équilibres régionaux. Elle multiplie les partenariats internationaux (Russie, Turquie, Iran) et réchauffe ses relations avec ses voisins (Sénégal, Ghana, Togo, Maroc). Avec cette démonstration d’unité, elle confirme qu’elle veut accélérer ce processus.