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Tribune

Mutuelles, savoir séparer le bon grain de l’ivraie pour mieux résister

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Mise à jour le 2 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Santé Sécurité sociale Histoire

L’assurance complémentaire santé est devenue obligatoire pour accéder aux remboursements des soins. Tandis que nous célébrons les 80 ans de la création par Ambroise Croizat du régime général de Sécurité sociale, il faut bien réaliser que le programme prévu par le Conseil national de la Résistance (CNR), qui consistait à créer une « couverture universelle et complète couvrant tous les risques sociaux », n’a pas été appliqué jusqu’au bout. En effet, le patronat (CNPF, futur MEDEF) craignait déjà une hausse trop forte des cotisations employeurs.

Par Nicolas Pomiès, Vice-président de Mutuale, la mutuelle familiale

Il a pesé pour limiter l’universalité et maintenir plusieurs régimes spéciaux au lieu d’un système unique.

Le gouvernement a donc introduit le ticket modérateur dès 1945-1946, laissant une partie des soins à la charge des patients (ou des mutuelles). Une partie du corps médical refusait aussi une « médecine d’État ». Ils ont obtenu le libre choix du médecin et la liberté d’honoraires, ce qui rendait difficile un remboursement intégral.

En contrepartie, la Sécurité sociale ne remboursait qu’une base tarifaire, laissant un reste à charge. La France de 1945-1946 était divisée entre gaullistes, communistes et socialistes. Certains voulaient un système public et unique, d’autres préféraient laisser une place aux mutuelles et assurances privées. Le compromis a été une couverture large, mais non totale, avec un rôle croissant des complémentaires.

Deux traditions opposées dans le mouvement mutualiste

Le mouvement mutualiste est depuis toujours divisé sur la conduite à tenir face aux transferts constants des remboursements du régime général vers les complémentaires santé.

La Mutualité française (Fédération nationale de la Mutualité française, FNMF), issue du mouvement de solidarité de la bourgeoisie d’Ancien Régime, de l’Empire et des IIIe et IVe Républiques, s’était vautrée dans la collaboration avec Pétain et Vichy. Elle a gardé cette attitude d’accompagnement de tous les gouvernements dans leurs choix politiques, en s’érigeant toujours comme force de proposition d’aménagements sans remise en cause.

La Mutualité ouvrière, celle dont les dirigeants se retrouvèrent sur les listes de bannis pendant le régime de Vichy (1940-1944), dans le cadre des lois d’exclusion visant notamment les Juifs, les francs-maçons, les communistes et les syndicalistes, est restée critique. Elle a toujours refusé la charité bourgeoise, promu la solidarité entre égaux et mis en question un système de santé inégalitaire. Elle proposait donc une alternative concrète au capitalisme libéral dans le domaine de la protection sociale et de la santé.

Organisée dans sa propre fédération (Fédération nationale des mutuelles ouvrières, FNMO, puis Fédération nationale des mutuelles de travailleurs, FNMT, puis Fédération des mutuelles de France, FMF), la Mutualité ouvrière n’avait de cesse de réclamer l’application complète du programme de 1945, qui consistait à instaurer une Sécurité sociale intégrale gérée par les représentants élus des travailleurs, et de laisser aux mutuelles le soin de créer et de gérer des œuvres sociales et sanitaires (centres de santé, cliniques mutualistes, maisons de retraite, etc.).

Malheureusement, au milieu des années 2000, les dirigeants de la FMF décidèrent d’entrer dans la FNMF et d’en adopter sa politique d’accompagnement. Cette décision entraîna le départ de 30 % des mutuelles, qui prirent leur autonomie en refusant ce qu’elles considéraient être une grave compromission.

Mutuale, une mutuelle ouvrière indépendante

Mutuale est issue de cette histoire. Née en 1967 à l’usine, elle est toujours dirigée par des administrateurs démocratiquement élus par les adhérents. Ces administrateurs sont tous issus de la classe ouvrière. Mutuale, qui reste solide et solidaire, fait au quotidien la démonstration des capacités de gestion des travailleurs. Indépendante de tout groupe, Mutuale assure sur ses fonds propres et maintient la solidarité ouvrière tout en militant pour une Sécurité sociale à 100 %.

Mutuale est devenue un acteur qui compte sur les territoires dans lesquels elle est implantée et se bat sur le malheureux et honteux marché qu’est devenue la santé des assurés sociaux. L’idéologie et les directives européennes de la concurrence libre et non faussée ont été imposées sur la santé !

Et c’est ainsi que Mutuale se retrouve en concurrence avec les assureurs capitalistes, les institutions de prévoyance, les mutuelles assurances (à ne pas confondre avec les mutuelles du code de la mutualité), les banques d’assurance, les pseudo-associations d’assurés et les mutuelles libérales contre le système de Sécurité sociale hérité de 1945. Dans ce méli-mélo, on en arrive même à trouver une mutuelle membre d’une fédération « indépendante » liée au courtier Traditia, proche du Rassemblement national et de sa présidente.

Les complémentaires santé prennent une part toujours plus importante dans le remboursement des soins de santé. Leur part a tendance à augmenter, notamment en raison de la hausse des dépassements d’honoraires et de la baisse relative du remboursement de certains actes par la Sécu.

Il est donc nécessaire de savoir séparer le bon grain de l’ivraie pour mieux résister à cette déplorable marchandisation de la santé et d’œuvrer pour remettre le système de santé sur les rails solidaires et démocratiques de 1945. Mutuale est animée par ce projet !

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