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Quelle stratégie nationale ?

La filière hydrogène française face à une industrie fragmentée

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Mise à jour le 30 juin 2025
Temps de lecture : 5 minutes

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Industrie Énergie Hydrogène

La filière hydrogène française traverse une période critique, illustrée par la situation alarmante de McPhy, acteur majeur du secteur, en proie à une liquidation judiciaire imminente.

Ce cas révèle un problème plus large : l’absence de cohérence industrielle nationale, qui empêche la structuration efficace d’un secteur pourtant stratégique pour la transition énergétique et l’indépendance énergétique du pays.

Un manque de coordination nationale qui fragilise la filière

Au lieu d’une planification industrielle centralisée comme s’y emploie par exemple le gouvernement chinois, le gouvernement français a choisi de déléguer la structuration de l’industrie à un partenariat entre dirigeants capitalistes et collectivités, notamment les régions, via le programme « Territoires d’Industrie » excluant les organisations syndicales de salariés de leur pilotage.

Si cette approche donne une certaine liberté aux collectivités, mais aussi alourdit la charge publique pour financer les entreprises et ce, sans ressources nouvelles, elle entraîne aussi une fragmentation des initiatives, sans vision globale pour construire une filière hydrogène solide et compétitive.

Le cas McPhy : un symbole de l’absence de stratégie étatique

On l’a vu avec la Safra à Albi, il ne suffit pas d’apporter des financements régionaux pour développer une filière indépendante puisque faute de développement d’infrastructures et d’équipement des routes conséquents et faute de stratégie cohérente dans l’achat public des collectivités de notre pays qui ont acheté des bus à hydrogène ailleurs en Europe, l’entreprise a été cédée à un consortium chinois pour sauver les 3/4 des emplois et poursuivre, voire diversifier son activité.

L’entreprise McPhy, basée à Grenoble, spécialisée dans la production d’électrolyseurs pour la fabrication d’hydrogène vert, est aussi en difficultés. Elle emploie 265 salariés qui risquent d’être licenciés avec une prochaine liquidation judiciaire. L’absence d’une politique nationale cohérente, combinée à des financements instables, a freiné le développement de l’entreprise, qui se retrouve aujourd’hui pour le moment sans repreneur.

La filière hydrogène comptait 6 400 emplois directs en 2023 avec une ambition affichée de 100 000 emplois d’ici 2030 (source : France Hydrogène). Pourtant, sans planification industrielle nationale, elle reste fragmentée et peine à s’imposer face aux priorités gouvernementales, notamment le développement de l’industrie militaire boostée par les choix d’économie de guerre, eux-mêmes encouragés par le grand capital dans la perspective de futurs conflits impérialistes.

Une solution d’avenir laissée de côté

La technologie développée par McPhy repose sur l’électrolyse décarbonée, un procédé permettant de produire de l’hydrogène à partir d’électricité renouvelable, sans émissions de CO₂. Cette innovation pourrait transformer plusieurs secteurs clés :

  • Transport : Réduction des émissions dans les trains, bus et véhicules à hydrogène.
  • Industrie : Décarbonation des procédés industriels, notamment dans la sidérurgie et la chimie.
  • Stockage énergétique : Une solution pour stocker l’électricité renouvelable et pallier son intermittence.
  • Réseaux de chauffage et gaz : Alternative durable aux énergies fossiles.

Alors que la France pourrait devenir un leader européen de l’hydrogène vert, la filière manque d’un appui stratégique fort.

L’investissement massif dans l’industrie du surarmement, qui va au-delà des besoins de défense et nécessite un endettement colossal ne produisant qu’une valeur d’usage socialement inutile de destruction et non de production, impactera lourdement à la baisse le financement des autres secteurs industriels, et cela est le cas pour celui de l’hydrogène. C’est donc la confirmation de l’absence totale d’une planification industrielle nationale, indépendante et cohérente, empêchant un développement structuré et pérenne du secteur.

Il est temps de réorienter les priorités et de donner à l’hydrogène mais aussi à l’ensemble de nos industries stratégiques comme celle de l’acier une place qui permette à la France de moins dépendre de choix capitalistes et idéologiques mais promouvant des orientations plus pragmatiques afin d’être indépendante et de pouvoir coopérer notamment avec les BRICS dans un rapport gagnant-gagnant.

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