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Épidémies

Quand notre histoire et la santé se rencontrent

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Mise à jour le 12 janvier 2026
Temps de lecture : 8 minutes

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Santé Science Histoire

Alors que la France est devenue un triste désert médical, que le souvenir d’un temps où l’on se sentait protégé par un tissu de mesures sanitaires et sociales n’est plus que regrets, pourquoi ne pas partir à la recherche de nos secrets de famille, dissimulés dans les strates du temps ?

L’épidémie de grippe espagnole

Les millions de morts de la Première Guerre mondiale que l’on honore sur les monuments placés entre églises et mairies se retrouvent souvent mêlés à ceux de la « grippe espagnole ». Les élèves apprennent parfois en découvrant que « sous le pont Mirabeau coule la Seine », que Guillaume Apollinaire, blessé à la tête sur le front, est mort quelques jours après la fin du conflit, de cette grippe qui n’avait d’espagnole que le nom.

Si, depuis, la grippe fait « bon an, mal an » une bonne dizaine de milliers de morts chaque année, cette saignée semble ressentie comme une fatalité, une sorte de banalité hivernale qui frappe majoritairement les personnes âgées, ceux qui ont fait leur temps et partent plus tôt que prévu. Et comme les virus de la grippe ne cessent de muter et que les vaccins traditionnels nécessitent de très longues cultures sur des œufs, la protection vaccinale actuelle présente de nombreux trous dans la raquette. De quoi inciter à l’abstention, sans pour autant respecter les gestes barrières et, en particulier, le port du masque qui n’arrive toujours pas à s’insérer dans notre culture.

Demain, nous connaîtrons probablement des vaccins à ARN messager, mis au point dans de brefs délais, aptes à nous protéger des virus de l’actualité. Encore faudra-t-il qu’ils soient utilisés largement pour tarir dans l’œuf les prochaines vagues infectieuses.

L’arrivée du sida

L’alarme est réapparue voici quatre décennies, lors des premières flambées de sida dans des populations homosexuelles. Certains avaient alors proposé des « sidatoriums », pour ces malades qu’on prétendait frappés par une condamnation divine, semblable à celle qui condamnait les lépreux à l’époque des croisades.

On découvrit bientôt que des virus pouvaient détourner nos défenses à leur profit. Et même si des traitements permettent maintenant de contrer leur multiplication, l’on est toujours à la recherche d’un moyen de débusquer et détruire ceux qui se cachent dans les cellules-mémoires immunitaires.

Il faut craindre malheureusement que les dernières décisions antisciences étatsuniennes concernant la recherche et la lutte contre la maladie, ne soient à l’origine d’une nouvelle flambée mondiale du sida et retardent encore la mise au point de vaccins anti-VIH.

Le Coronavirus

Actuellement, avec la vague Covid qui donne l’impression trompeuse d’en être à sa fin, ce qui interroge n’est pas la cohabitation imprudente et ses risques de contagion, mais la persistance des fausses rumeurs.

Après les « vérités à géométrie variable » des autorités du début de la pandémie, la suspicion a toujours le vent en poupe et s’auto-alimente. Il suffit, par exemple, de quelques cas de myocardite chez de jeunes vaccinés pour oublier la multitude d’atteintes du muscle cardiaque provoquées par le virus. On érige un grain de sable en un scandale incontournable alors qu’il n’est que l’aléa, le plus souvent réversible, d’un traitement qui a sauvé des millions d’êtres. Et c’est aussi dans ce domaine que les déclarations sectaires de responsables étasuniens ne facilitent pas un retour à la clairvoyance.

Les marcheurs de la Grande Armée.

L’élément le plus insolite dans ce que nous payons à l’Histoire en matière de santé est probablement l’effacement dans notre mémoire collective des conséquences d’une décision de Napoléon. Une décision qui place depuis la population française en tête des nations européennes en ce qui concerne le taux d’insuffisance veineuse.

Napoléon Bonaparte voulait de bons marcheurs et fit réformer les porteurs de varices. Ce qui eut pour conséquence que pendant les vingt ans où les marcheurs risquèrent ou perdirent leur vie sur les champs de bataille, les porteurs de varices devinrent, par défaut, les pères de la génération à venir et, que cette particularité génétique devint dominante.

Les cagots, un ostracisme qui dura des siècles

D’avoir évoqué l’ostracisme qui a frappé les premiers malades du sida amène à sortir des limbes l’effacement d’une très longue histoire qui ne laisse d’indice tangible que dans l’existence d’une porte latérale dans des églises, pour pouvoir accéder à la messe dans un espace distinct.

Les cagots étaient-ils les descendants des lépreux ou les traînards des invasions des Goths ou des Wisigoths ? Pendant des siècles, la crainte de la contagion a tenu leurs communautés à l’écart, à des droits limités, à l’interdiction de mariages mixtes et, souvent, à l’endogamie.

Les cagots ne pouvaient exercer que certains métiers qui avaient à faire avec le bois ou le feu : menuisier, charpentier, charbonnier, forgeron ou briquetier. Certains érudits évoquent le port d’une crécelle pour s’annoncer à distance. Et, ils devaient porter un signe distinctif très visible, une patte d’oie rouge, le plus souvent. Une obligation qui préfigure le port de l’étoile jaune pour les juifs, décrété par les nazis.

Cet ostracisme a perduré jusqu’au tout début du XXᵉ siècle et leurs descendants portent souvent le nom du métier de leurs ancêtres ou celui de Laplace qui désignait l’emplacement à part de leurs habitations.

Mais le plus extraordinaire, c’est qu’étant bûcherons, charpentiers et menuisiers, ils ont entre autres construit la charpente de la cathédrale Notre-Dame de Paris ainsi que celles de l’église Saint-Girons à Monein et du château de Pau, tandis que plusieurs de leurs charpentes sont aujourd’hui classées monuments historiques.

Retour à l’actualité, les haltes de soins addictions

Alors après avoir remis en lumière quelques facettes de notre histoire, il est temps de revenir au présent et de constater que l’expérience n’est pas une garantie contre l’erreur et le parti pris, en particulier en ce qui concerne les « salles de shoot ».

En découvrant cette notion, qui n’a pas ressenti un rejet préalable devant la possibilité de se shooter dans un espace public ? Pourtant, on retrouve parfois les traces ou les écrits de braves gens du temps où le sida était mortel à tous les coups. Des personnes sincèrement croyantes, prêtes à secourir toutes les détresses, qui commençaient par s’offusquer de cette possibilité, avant de comprendre que le partage du matériel était mortel et que cette mise en lumière aidait à sortir de la dépendance.

Si de braves gens peuvent saisir l’intérêt de ce qu’on qualifie maintenant de « haltes soins addictions », que penser alors de la tartufferie persistante sur le sujet d’une bonne partie de la société française ?

Après que l’expérimentation des deux seules haltes soins addictions en France (à Paris et Strasbourg) a été prolongée in extremis de deux ans, dans la loi de financement de la Sécurité sociale 2026, on a appris que les projets de deux haltes avaient été refusés à Marseille et à Lille par un précédent ministre de l’Intérieur – alors qu’un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) concluait à la fois aux bénéfices sanitaires pour les consommateurs de drogues injectables, et aux bénéfices sécuritaires pour la tranquillité de l’espace public. Ce rapport allant même jusqu’à préconiser d’inscrire les haltes soins addictions (HSA) dans le droit commun.

Alors que la France consomme de plus en plus de drogues, à l’origine d’une criminalité de plus en plus brutale, nos « bien-pensants » privilégient la répression et la condamnation morale de ceux qui y sont englués.

Ils condamnent le pécheur, en se gardant bien d’aller au-devant du souffrant et d’utiliser les moyens de prévention qui ont fait leurs preuves depuis longtemps à l’étranger. [1]

Molière faisait dire à Tartuffe : « couvrez ce sein que je ne saurais voir » et, de nos jours, d’autres clament : « passez votre chemin, pas de ça chez nous » en s’empressant de recouvrir d’un voile épais, les souffrances provoquées par la consommation de substances addictives.

Notes :

[1Rappel : la Suisse, qui a ouvert la première salle de shoot au monde en 1986, n’en compte pas moins de 18 aujourd’hui.

Là-bas, on préfère parler de lieu de consommation sécurisé ou de local d’injection afin d’éviter de stigmatiser les usagers.

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