Alors que la Nupes, formée dans la foulée de l’élection présidentielle de 2022, a souffert dès le départ de l’attitude hégémonique de LFI et des propos outranciers de Jean-Luc Mélenchon vis-à-vis de ses partenaires comme vis-à-vis du mouvement syndical, le Nouveau Front populaire ne doit pas décevoir et devra trouver les moyens d’être digne du Front populaire de 1936 dont le NFP se veut l’héritier.
En 1852, au début du Dix-huit Brumaire de Louis Bonaparte, Karl Marx écrivait : « Hegel fait quelque part cette remarque que tous les grands événements et personnages de l’histoire se produisent pour ainsi dire deux fois, mais il a oublié d’ajouter : la première fois comme une grande tragédie, la seconde fois comme une farce sordide ».
Marx invitait ainsi les révolutionnaires de son temps à faire du neuf plutôt qu’à singer les Montagnards de 1793.
L’Histoire ne doit pas se répéter
La leçon vaut sans aucun doute pour le présent : en appelant, dès l’annonce de la dissolution, à un Front populaire, François Ruffin a convoqué un passé mythique qui parle encore aujourd’hui au peuple de gauche et aux militants socialistes, communistes, écologistes comme insoumis.
Comme il y a quatre-vingt-dix ans, au lendemain de la manifestation des ligues nationalistes du 6 février 1934, la perspective d’une prise de pouvoir de l’extrême droite est apparue plus réelle que jamais et porteuse de tous les dangers ; dans un réflexe de défense républicaine, les forces de gauche ont momentanément fait taire leurs différences et ont su construire une alliance pour sauver la République et les libertés publiques.
L’histoire nous enseigne cependant que l’expérience du Front populaire a été brève et s’est fracassée sur les questions internationales tandis que le parti radical, effrayé par les hurlements du patronat et des capitalistes avides de revanche sociale, basculait à droite.
L’histoire ne doit pas se répéter et le Nouveau Front populaire devra trouver en son sein les ressources pour rester uni et répondre aux immenses attentes de millions de Françaises et de Français.
Les leçons de ces deux dernières années et du climat délétère au sein de la Nupes doivent aussi être tirées. Comment rester uni, comment présenter un front commun quand, au sein d’une même alliance, on s’écharpe sur des mots ?
Au fond, du PS à LFI en passant par le PCF et les écologistes, tout le monde s’accorde pour condamner les massacres du 7 octobre dernier, dénoncer la colonisation israélienne, les crimes de guerre commis par Israël à Gaza et plaider pour une solution à deux États, qui fait consensus à gauche. Malgré tout, ces derniers mois ont vu les partis de gauche se déchirer pour des mots : le Hamas est-il un mouvement islamiste terroriste ou un mouvement islamiste qui a perpétré des actes terroristes ? Israël commet-il des crimes de guerre ou un génocide ?
Avant cela, c’est la question des violences policières qui était en débat : y a-t-il, chez certains policiers, des préjugés xénophobes qu’il s’agit de combattre par une meilleure formation, ou une violence systémique ? Peut-on dire que la police tue ?
Trouver les mots pour travailler ensemble
Alors que nous partageons des valeurs communes, nous nous sommes déchirés pendant des mois à coups d’excommunications brutales, comme si notre camp social était une Église et devait à toute force définir une orthodoxie et exclure des hérétiques.
Tout le monde ne semble pas avoir retenu la leçon, notamment à la France insoumise, puisqu’après avoir comparé Fabien Roussel au collaborationniste pro-nazi Jacques Doriot, une partie des dirigeants de LFI ont passé la campagne à s’attaquer à François Ruffin, Alexis Corbière et leurs amis accusés d’être des « traîtres » ou des « sionistes » suspects de complaisance avec le racisme…
Il y a des mots qui rassemblent et des mots qui divisent. Pour être en capacité, dans les mois qui viennent, de changer la vie des Français et pour que l’Histoire ne se répète pas comme une farce, le Nouveau Front populaire va devoir trouver les mots pour travailler ensemble et pour rester uni.
La brutalisation du débat politique et les procès infondés en « déviationnisme droitier » doivent cesser. Celles et ceux qui ne le comprendront pas se disqualifieront d’eux-mêmes et nous conduiront inévitablement à l’échec.