Ce n’est quand même pas rien de parler de « trahison nationale ». Et pourtant ! Quand Emmanuel Macron, avec les larmes de crocodile qu’on lui connaît, promet une centaine de Rafale à Monsieur Zelensky au moment même où nos aciéries sont liquidées, de quoi parle-t-on exactement ?
Et quand il se « réjouit » d’une opération parfaitement mafieuse menée contre un pays souverain, au nez et à la barbe des « valeurs » qu’il prétendait défendre la veille encore, que faut-il comprendre ?
Sur le même sujet
Billet :
Macron dans les bottes de Trump
La liste est longue. Très longue. À chacune de ses frasques, il engage son pays vers un isolement toujours plus tragique pour l’avenir. Et disons-le, cette tare n’est pas réservée au chef de l’État, bien au contraire.
Ses prédécesseurs ont aussi fait preuve d’une parfaite négligence en matière d’intérêt national. Une large partie du patronat aussi. « Entre l’intérêt national et l’abus de confiance, il y a une marge. » s’amusait le Président Beaufort, sous les traits de Jean Gabin. [1]
Voilà plus de quatre-vingts ans que nos dirigeants se couchent. Ils vantent la « communauté de valeurs » qui nous unirait à ces États-Unis, prêts à tout dès lors que de juteux profits sont en jeu. Ils étouffent le peuple avec un foulard de soie. Mais ils l’étouffent quand même.
Ironie de l’histoire, Emmanuel Macron avait fini par convaincre l’Élysée de ne pas bloquer la vente d’Alstom aux Américains car, citons-le, « On n’est quand même pas au Venezuela ! ». Une communauté de valeurs, donc.
Tous poursuivent l’œuvre de leurs lointains prédécesseurs, avec, espérons-le, une bonne part de naïveté. Il n’empêche, le détricotage national est en marche. Et cela fait déjà un sacré paquet d’années.
Sur le même sujet
Sortir du temps des troubles :
Ambition, arrogance et de bons Apôtres
On oublia vite que le débarquement de Normandie s’inscrivait dans une opération plus vaste, modestement baptisée « Overlord ». En bon français : le suzerain. Le suzerain, c’est celui qui accorde une protection, des terres et des droits, en échange d’une fidélité et d’une obéissance complètes, assorties de quelques services rendus.
Washington fit aussi beaucoup pour écarter le général de Gaulle de la gouvernance. Et pour ce qui est des communistes, n’en parlons pas. Dans le même temps, tous les efforts furent mis en place pour faire oublier que 26 millions de Soviétiques avaient perdu la vie, à l’Est.
Puis vient le plan Marshall. « Les Européens, plan Marshall oblige, n’ont pas grand-chose à refuser à leurs bienfaiteurs d’outre-Atlantique. Dussent-ils, pour les satisfaire, s’autodessaisir de leur souveraineté économique et même de leur identité culturelle. » [2] raconte Éric Branca. Le vassal et le suzerain, une fois encore.
Le 19 juin 1947, quelques mois avant que les gueules noires du bassin minier ne soient réprimées dans le sang, Anthony Eden jurait à la Chambre des communes que « La proposition Marshall peut inciter les pays européens à se mettre d’accord pour leur salut commun, sur des mesures économiques communes ».
De l’aveu même des Américains d’alors, ce plan devait tout à la fois assurer des débouchés à leur industrie en crise et briser les mouvements démocratiques.
Déjà, un certain Léon Blum, de retour de Washington, se portait « garant de la bonne volonté américaine » avant de signer avec Byrnes des accords qui portaient clairement atteinte à l’indépendance nationale.
Maurice Thorez, de son côté, prévenait que « certains, chez nous, ont déjà pris le parti d’une France ravalée au rôle du Portugal. Ils se proclament avant tout des ‘’Occidentaux’’. Ils sont les paladins de la liberté d’entreprise, c’est-à-dire de la liberté d’exploiter férocement le peuple ». [3]
On connaît la suite. Schuman et Monet, la CECA, l’Europe des barons des mines et des maîtres de forge. Le « rêve américain » n’était que celui de voir fleurir des « États-Unis d’Europe ».
Du côté de la CGT, le refus n’est pas moins vigoureux. Monmousseau n’hésite pas à écrire qu’un « pays qui ne produit pas s’enfonce dans la misère au lieu de se relever […] et devient la proie des prêteurs d’argent qui lui font payer leurs aumônes au prix de son indépendance. » [4] Et d’ajouter qu’un « pays qui se laisse aller et remet son destin entre les mains d’autrui est destiné à devenir un pays de mendiants et d’esclaves ».
Nos problèmes ne tombent pas du ciel. Comment ne pas voir dans nos Macron, nos Lemaire, nos Arnault et nos Bolloré, les héritiers de ces partisans d’une France rabougrie ? À ceci près qu’une nouvelle frange de cette clique a émergé. Des financiers, dit-on. Une « bourgeoisie compradore », diraient nos amis sud-américains.
Ils ne portent plus guère attention à ce que « leur » pays peut encore produire. Pourquoi s’embarrasser d’acier ou de voitures quand quelques cours de bourse suffisent à faire fortune ?
Dès lors, nos nations, jamais complètement souveraines vis-à-vis des États-Unis, sont devenues complètement vassalisées. Elles montrent les muscles et accusent le locataire actuel de la Maison-Blanche d’être en pleine dérive ; sans même comprendre que ce sera la même chose avec le prochain, et celui d’après. Démocrate comme Républicain, il nous demandera 5% de notre PIB pour lui acheter ses armes.
Il nous vendra son gaz naturel liquéfié au prix qui l’arrangera, après nous avoir durablement découplés de la Russie. Et les mêmes, toujours les mêmes, nous promettront la mort imminente de l’économie russe.
Heureusement, une majorité du monde dit « non » à ce grand marchandage planétaire. Reste à savoir combien de temps encore nous accepterons de marcher à contre-sens de l’Histoire.