En supprimant le levier du taux de change, l’euro interdit tout ajustement par la monnaie et ne laisse qu’une seule variable d’adaptation aux pays dominés : la déflation salariale, la compression des dépenses publiques et la destruction méthodique de l’État social. Les critères de convergence, dont le niveau est parfaitement arbitraire, sont érigés en horizon indépassable pour les politiques économiques et entérinent la perte de souveraineté économique avant même de perdre la souveraineté monétaire. La Bulgarie avait déjà perdu cette dernière depuis longtemps, puisque sa monnaie, le lev, était déjà arrimée à l’euro depuis 1999 et au deutschemark depuis 1997.
La France fait l’expérience des conséquences désastreuses de la perte de souveraineté économique et monétaire depuis vingt ans, avec une désindustrialisation accélérée, une stagnation des salaires et un affaiblissement durable de son appareil productif. Cette trajectoire est loin d’être un accident, elle correspond à la fonction historique de l’euro : instrument central de la réorganisation de l’accumulation capitaliste en Europe, imposée par la « contrainte extérieure » afin de contourner les résistances populaires, les parlements et les choix électoraux. Au lieu de produire convergence et solidarité, l’euro met les peuples et les travailleurs en concurrence permanente.
Tant que cette architecture monétaire et les traités qui la verrouillent ne sont pas remis en cause, toute réorientation des politiques économiques et industrielles restera hors de portée. S’attaquer à l’euro n’a rien d’un repli national, c’est au contraire une condition pour reconstruire une politique de classe fondée sur la coopération entre peuples et non sur leur mise en compétition.