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Sortir du temps des troubles

Ambition, arrogance et de bons Apôtres

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Mise à jour le 30 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Gouvernement Macron

Le 7 mai 2017, un quasi-inconnu de 39 ans, est élu président de la République. Ce Rastignac de la Somme entre ainsi par le plus haut dans la carrière politique. Il n’a d’expérience qu’un éphémère portefeuille de ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, sous la présidence de François Hollande, dans le gouvernement Valls. Il n’a jamais été élu, même pas conseiller municipal. Il n’a milité nulle part. Il s’est simplement doté, un an avant l’élection d’un « parti » qu’il a baptisé « En marche », ses propres initiales : Emmanuel Macron.

On ne sait pas grand-chose de lui, sauf que c’est un banquier d’affaires, spécialiste des fusions-acquisitions à la Banque Rothschild, dont il a été associé-gérant.

François Hollande qui, dans la campagne de la présidentielle de 2012, déclarait « mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance », sitôt élu, est allé chercher ce jeune banquier pour en faire son secrétaire général adjoint de l’Élysée, avant d’en faire son ministre de l’Économie en 2014.

Dès lors, Emmanuel Macron n’a plus d’autre but que de s’installer à l’Élysée. Un rêve qu’il caresse depuis longtemps. On a peu prêté attention, à l’époque, à un livre d’entretiens que l’ancien président du directoire de Monde, Éric Fottorino, a publié à L’Aube, intitulé « Macron par Macron ». Déjà candidat déclaré à la présidentielle, Macron y livre le fond de sa pensée. Tout est clair : « Il y a dans le processus démocratique et dans son fonctionnement un absent. Dans la politique française, cet absent est la figure du roi, dont je pense fondamentalement que le peuple français n’a pas voulu la mort. La Terreur a creusé un vide émotionnel, imaginaire, collectif : le roi n’est plus là ! On a essayé ensuite de réinvestir ce vide, d’y placer d’autres figures : ce sont les moments napoléonien et gaulliste, notamment. Le reste du temps, la démocratie française ne remplit pas l’espace. On le voit bien avec l’interrogation permanente sur la figure présidentielle, qui vaut depuis le départ du général de Gaulle. Après lui, la normalisation de la figure présidentielle a réinstallé un siège vide au cœur de la vie politique. Pourtant, ce qu’on attend du président de la République, c’est qu’il occupe cette fonction. Tout s’est construit sur ce malentendu ».

Le roi, ce sera donc lui !

Alors, la France connaît (déjà) une crise politique. Les extravagances burlesques et grossières de Sarkozy, suivies de la veulerie de Hollande ont éreinté la démocratie française. Les politiques sociales et économiques de l’un et l’autre ont provoqué dans le pays de forts mouvements de protestation, souvent durement réprimés (Loi « Travail » notamment sous Hollande). Au-delà de ce qui peut apparaître comme conjoncturel, on sent que c’est dans les profondeurs du système lui-même qu’il faut chercher les causes du mal-être et de la révolte qui couve.

Comme l’écrit Antonio Gramsci : « La classe dirigeante traditionnelle, qui a un personnel nombreux et entraîné, change d’hommes et de programmes et récupère le contrôle qui était en train de lui échapper avec plus de célérité que ne peuvent le faire les classes subalternes ; elle fera s’il le faut des sacrifices, elle s’exposera à un avenir obscur chargé de promesses démagogiques, mais elle maintient le pouvoir, le renforce pour le moment et s’en sert pour écraser l’adversaire et disperser sa direction qui ne peut être ni très nombreuse ni très experte ». [1]

Or, si comme l’affirmait Engels à Paul Lafargue en 1889, « De temps à autre, les Français traversent une phase bonapartiste », [2] la Bourgeoisie n’a plus guère les moyens d’organiser des coups d’État autrement que sous les formes les plus abracadabrantesques.

Inspirés par la « démocratie » américaine, les partis politiques, considérablement affaiblis tant dans leur organisation que dans leur représentativité, de plus en plus soumis à des guerres intestines et confrontés à des ambitions personnelles incontrôlées, se plient à un système de « primaires » qui n’appartient cependant pas à la culture politique française. Celles organisées en 2017 à droite et au PS ont ainsi abouti à l’élimination des hommes dans lesquels le Capital avait cru trouver un relais. Restait le banquier Macron. Les médias aux mains de ses collègues eurent tôt fait d’en faire leur héraut.

Macron sorti vainqueur de la course à la présidence. Pour la bourgeoisie, il remplissait toutes les cases et le grand patronat ne cacha pas qu’il en espérait le total effacement de ce qu’il avait dû concéder à la Libération. Le temps de la revanche avait sonné.

Huit ans plus tard, tout le monde, ses mandants compris, peut s’apercevoir que « l’homme est bien léger, pour ne pas dire totalement irresponsable » (Engels à propos du choix de Clemenceau de soutenir Boulanger).

Macron a cassé six premiers ministres en huit ans et tous ses jouets. Il laisse une France en ruine et la risée du monde.

Comme en 1944, tout est à (re)construire. C’est là qu’on attend le Parti communiste français.

Notes :

[1Cahier de prison XXX Observations sur quelques aspects de la structure des partis politiques dans les périodes de crise organique, Gramsci dans le texte, Éditions sociales, Paris, 1975

[2Marx/Engels et la troisième République 1871-1895, Éditions sociales 1983

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