Liberté Actus
qrcode:https://liberte-actus.fr/2099

Cet article est lisible à cette adresse sur le site Liberté Actus :

https://https://liberte-actus.fr/2099

Flachez le qrcode suivant pour retrouver l'article en ligne

La France et la guerre

« On ne porte jamais la liberté à la pointe des baïonnettes. »

Accès libre
Mise à jour le 15 janvier 2026
Temps de lecture : 6 minutes

Mots -clé

Guerre Révolution Histoire

Le 22 mai 1790, les révolutionnaires déclarent la paix au monde. Par Alcide Carton, Président de l’Association des Amis de Robespierre (ARBR) avec le soutien attentif de Pierre Serna, Professeur d’Histoire de la Révolution française.

Depuis mon enfance, Robespierre et la Révolution française n’ont cessé de passionner l’arrageois que je suis. La culture historique de cette période que j’ai acquise s’est élargie depuis que j’ai été conduit, il y a dix ans désormais, à présider l’ARBR. (Les Amis de Robespierre pour le bicentenaire de la Révolution), à Arras, ville natale de l’incorruptible.

Le tocsin qui sonnait à l’approche du danger dans les villages à l’été 89 et pendant toutes ces années qui ont suivi jusqu’en 1794 résonne dans mon esprit aujourd’hui, dans ces jours sombres de ce début d’année 2026.

L’histoire ne se répète pas, dit-on. Mais s’agissant de celle de l’impérialisme américain, elle récidive souvent et, cette fois-ci, avec des sommets jamais atteints qui mettent en péril ce que le monde, dans les souffrances des peuples, a mis tant de temps à construire depuis le siècle des Lumières et la Révolution française : le respect de la souveraineté des nations, des règles du droit international et des gens, de Grotius à Burlamaqui, de Vattel à Rousseau.

Florence Gauthier, toujours à l’affût des plus récents travaux historiques qui placent le peuple au cœur, me confiait que la conquête espagnole de Christophe Colomb, point d’orgue d’une conquête coloniale qui se poursuit, s’était faite au prix de massacres sans noms que progressivement les historiens des peuples – aujourd’hui souverains – mettent à jour. Mme Taubira, en mai 2001, eut raison de faire de l’esclavage un crime contre l’Humanité, comme la Convention le confirma, le 17 pluviose an II, dans un débat redécouvert par Pierre Serna.

Mais quid de la condamnation du colonialisme qui en fut la source et l’expression d’un capitalisme avide si bien dénoncé et condamné par l’un des plus célèbres écrivains étatsuniens de ce XXème siècle. Jack London qui en fit un roman, Le talon de fer, à propos du coton, de l’or, du café, du cacao qui, ramenés en Espagne, étaient « rouges de sang » comme celui tissé par des femmes et des enfants dans les usines de Californie.

L’intervention des États-Unis n’est pas l’œuvre d’un fou. Le rapt du président d’un pays lui permet de redorer son blason ; et le président de l’extrême-centre français avec l’audace d’un valet, dans la foulée, s’est permis de le féliciter au nom du peuple vénézuélien, pratiquant le silence total sur le pétrole vénézuélien, vrai enjeu de la rapacité américaine. L’histoire regorge de justifications de ce genre.

À la face du monde, ce coup de piraterie hardie nous renvoie trois siècles en arrière, aux temps du capitalisme naissant faisant ses armes dans la colonisation et le recours à l’esclavage, les populations locales ayant refusé majoritairement – et les femmes surtout – de se soumettre. Vivre libres ou mourir, comme les anciens esclaves de Saint-Domingue le démontrèrent.

La régression historique est grave et le déni des Lumières (Rousseau, Mably, Diderot, Kant) avec la naissance des règles actuelles du droit international complet. Il n’est plus simplement d’évoquer la guerre – de conquête — pour fixer les rapports entre les nations, ce que Rousseau désigne comme le fait des princes, mais aussi de nier les rapports de respect mutuel et de paix devant servir l’intérêt des peuples ; Kant, complétant, quant à lui, l’idée d’une paix acquise et garantie par la démocratisation des sociétés.

Le respect du droit international des nations est un héritage de la Révolution. Il est indispensable de se le rappeler aujourd’hui.

Et il n’est pas étonnant que nous retrouvions Robespierre, en mai 1790, en première ligne dans les débats de la constituante qui ont conduit au décret et à la déclaration de paix des révolutionnaires au reste du monde.

Décret du 22 mai 1790 : Article 4 — Sur cette notification, [demande du roi, NLDR] si le Corps législatif juge que les hostilités commencées soient une agression coupable de la part des ministres ou de quelque autre agent du pouvoir exécutif, l’auteur de cette agression sera poursuivi comme criminel de lèse-nation ; l’Assemblée nationale déclarant à cet effet que la nation française renonce à entreprendre aucune guerre dans la vue de faire des conquêtes, et qu’elle n’emploiera jamais ses forces contre la liberté d’aucun peuple.

Art. 5. — Sur la même notification, si le Corps législatif décide que la guerre ne doit pas être faite, le pouvoir exécutif sera tenu de prendre sur-le-champ des mesures pour faire cesser ou prévenir toutes hostilités, les ministres demeurant responsables des délais. Le débat qui s’engage à la Constituante le 15 mai 1790 va bien au-delà de la demande initiale du roi de pouvoir déclarer la guerre et débouche sur une question constitutionnelle que l’on peut formuler ainsi : la nation doit-elle déléguer au roi l’exercice du droit de la paix et de la guerre ?

Ce débat vit s’opposer Mirabeau, pour qui ce droit ne pouvait appartenir qu’au roi, en tant que chef de l’exécutif, et Robespierre affirmant que ce droit devait revenir aux seuls représentants de la nation. Celui-ci a été l’inspirateur de la Déclaration de paix au monde de mai 1790 : lors des débats, il refusa que la France se lance dans une guerre qui ferait le malheur des peuples et exigea en revanche que la France proclame qu’elle avait renoncé à tout esprit de conquête et qu’elle ne se battrait que si elle était attaquée.

Il réaffirma cette disposition au nom de la Convention nationale le 18 brumaire an II (17 novembre 1793) . Le dernier article du décret qui fut alors adopté, appelle aujourd’hui, tout particulièrement attention :

« Le présent décret & le rapport du Comité de salut public seront imprimés & traduits dans toutes les langues, répandus dans toute la République & dans les pays étrangers, pour attester à l’univers les principes de la République française et les attentats de ses ennemis contre la sûreté générale de tous les peuples. »

Il fit ainsi jaillir une idée, qu’il reprit sans cesse jusqu’à sa mort, celle de la responsabilité de la France révolutionnaire vis-à-vis des autres nations et garante de la fraternité entre les peuples « car l’on ne porte jamais la liberté à la pointe des baïonnettes ».

Message d'abonnement

Ces articles peuvent vous intéresser :

Billet Un point de vue sur la situation en Iran

Au moment où la tension mondiale s’intensifie suite à l’agression US contre le Venezuela et à l’enlèvement, en dehors de toute légalité internationale, de son Président, beaucoup tournent leur regard vers l’Iran. Certains osent affirmer, avec les mêmes prétextes, que les USA et/ou leur vassal Israël seraient légitimes à y intervenir militairement !

Entretien Dans les mots de Roger Martin, la force de la mémoire

Dans Dernier convoi pour Buchenwald, réédité en version augmentée, Roger Martin mêle rigueur historique et puissance romanesque pour faire revivre une mémoire trop souvent éclipsée : celle des résistants anonymes, des combats de l’ombre et des dilemmes humains au cœur de l’horreur concentrationnaire. Dans cet entretien mené par Philippe Pivion, l’écrivain revient sur la genèse de son livre, son approche littéraire engagée et la force de la fiction comme vecteur de mémoire.

Soutenez-nous

Faire un don

En 2024, nous avons bâti un journal unique où les analyses se mêlent à l’actualité, où le récit se mêle au reportage, où la culture se mêle aux questions industrielles et internationales. Faites un don pour continuer l’aventure.