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Un ouvrage sur le legs chrétien

« Ce que notre monde doit à l’Église. »

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Religion Essai

Voici un ouvrage engagé, presque un manuel, qui ne s’accommode pas de la crise de la transmission que mentionnait l’historien marxiste Eric Hobsbawm lorsqu’il mettait en garde contre un « présent permanent » dans lequel sont plongées les populations occidentales contemporaines.

«  Le rôle de l’histoire, entre transmission et réflexion critique, est crucial aujourd’hui » ainsi que le rappelle Liv Grjebine en vue « de ne pas laisser les extrémismes imposer leurs versions déformées du passé ». [1]

La preuve par le sujet : « Le christianisme, qu’on le veuille ou non, que l’on soit chrétien ou pas, a fait la grande histoire de l’Occident : “Cela est une constatation historienne, non pas une conviction religieuse [2] ».

Pour l’Église : Ce que le monde lui doit fera assurément date pour la raison primordiale que son auteur, Christophe Dickès, y fait sienne la fameuse sentence d’un autre grand historien, Marc Bloch, futur hôte, au moment où sont écrites ces lignes, du Panthéon : «  L’ignorance du passé ne se borne pas à nuire à la connaissance du présent ; elle compromet, dans le présent, l’action même. » Car le livre de Christophe Dickès se présente, d’abord et avant tout, comme un très efficace remède à l’ignorance du passé de l’Église catholique et de son apport, toujours vivant, à notre monde.

Pour lui, la cause de cette ignorance ne réside pas dans un anticléricalisme militant. Non, la chose est bien plus grave : « Si le monde profane a oublié ses racines religieuses, ce n’est pas tant par anticléricalisme ou posture anti-religieuse, mais simplement par ignorance », assure Dickès. Et d’ajouter qu’outre le rejet de l’Église, en raison de ses abus, par une majorité de l’opinion dans un contexte occidental de déchristianisation, cette ignorance touche aussi bien les hommes d’Église que les catholiques eux-mêmes.

C’est pourquoi, en trois grandes parties, l’auteur a choisi de rappeler, devant un lecteur parfois médusé, presque honteux de son manque de culture, la révolution anthropologique majeure qu’a constitué le christianisme. Le tout en partant de la place occupée par cette religion et son Église dans la construction de nos sociétés contemporaines.

Citons, le chapitre Occuper son temps, le moine scyte Denys le petit qui, à la demande du pape Jean Iᵉʳ, créa au 6ᵉ siècle notre système chronologique actuel en mettant fin aux systèmes rivaux des différentes Églises orientales dans la mesure et le calcul du temps. Ce faisant, il répondait à l’idée universelle chère à l’Église comme à celle de la possibilité du progrès. Dans la suite, on sait qu’au 16ᵉ siècle, le pape Grégoire XIII, à qui l’on doit l’année bissextile, mettra en place le calendrier occidental chrétien qui, après le refus des protestants et la vaine tentative de son remplacement par la Révolution française, sera adopté par la révolution bolchévique de 1917 qui abandonnera le calendrier Julien et est utilisé par l’Arabie saoudite depuis 2016.

Citons également le mariage consensuel qui évite la répudiation et la consanguinité dans le chapitre Et Dieu créa la femme. Ou citons encore L’État, c’est elle ! La laïcité aussi ! avec la pratique des élections libres et régulières dans un Occident alors régi par le principe héréditaire. La séparation du spirituel et du temporel qui débouchera in fine sur la laïcité. Ainsi que le confirmera à sa manière Georges Bernanos dans Journal d’un curé de campagne :

« —Que reprochez-vous donc aux gens d’Église ? ai-je fini par dire bêtement.

— Moi ? Oh, pas grand-chose. De nous avoir laïcisés. »

Christophe Dickès montre, en s’appuyant sur l’évidence des faits, (Une Église contre la science ?, Prendre soin, L’invention de la guerre juste, Unir les nations), sans occulter les contradictions parfois antagoniques ou les pages sombres de son histoire, en quoi le christianisme est, pour une part essentielle, aux origines de l’organisation de nos sociétés occidentales et au-delà, politique et humanisme compris. Passionnant parce que renseigné !

Que l’auteur me pardonne, comparaison n’est pas raison, mais lisant son Pour l’Église, on ne peut que songer au gigantesque travail de Domenico Losurdo sur le communisme. On y trouve le même souci, dans un cas comme dans l’autre, pour reprendre un titre phare du même Losurdo, de ne pas Fuir l’histoire.

Nécessité et utilité de la connaissance historique. Essentiel par les temps qui courent…

Pour l’Église. Ce que le monde lui doit. Christophe Dickès. Éditions Perrin, 270 p, 16 euros.

Notes :

[1« Les héritiers intellectuels de Marc Bloch sont ceux qui cherchent à fédérer la nation dans un récit commun ».

[2Philippe Capelle-Dumont, Le Figaro 28 mai 2023.

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