Contrairement à l’uranium-235 ou au plutonium-239, le thorium-232 n’est pas directement fissile. Lorsqu’il est introduit dans un réacteur, il absorbe un neutron pour devenir uranium-233, qui lui est fissile. Mais ce processus produit aussi de l’uranium-232, un isotope hautement radioactif, émettant des rayons gamma puissants.
Le thorium, une impasse pour les armes nucléaires
Ces radiations rendent la manipulation du matériau dangereux, rendant son usage pour des armes extrêmement difficile, voire impossible sans technologies très avancées et coûteuses. À ce titre, les experts s’accordent à dire que la filière thorium est peu propice à la prolifération nucléaire.
C’est une rupture géostratégique majeure. Dans un monde où la maîtrise de l’atome reste liée à la puissance militaire, le thorium permet d’imaginer une énergie atomique « civile par nature », plus accessible, plus sûre, et plus acceptable diplomatiquement.
Une énergie équitable
L’autre atout géopolitique du thorium, c’est sa répartition géologique. Il est trois à quatre fois plus abondant que l’uranium dans la croûte terrestre, présent dans des minéraux comme la monazite, exploités principalement pour les terres rares. Inde, Turquie, Brésil, Chine, Australie et même France en disposent dans leurs sols.
À la différence de l’uranium, dont l’extraction est dominée par quelques pays (Kazakhstan, Canada, Niger), le thorium pourrait favoriser un accès énergétique plus équilibré, réduisant les dépendances critiques.
Autre révolution : le thorium est compatible avec des petits réacteurs modulaires (SMR), plus faciles à déployer, en particulier dans les zones isolées ou les pays émergents. Ces unités décentralisées pourraient alimenter villes moyennes, infrastructures industrielles ou navires, et ce, sans créer un risque militaire ni nécessiter des technologies complexes de retraitement.