Le transport maritime est devenu la pierre angulaire de la mondialisation puisque 80 % du commerce en volume passe par la mer. Le secteur pèse lourdement sur l’environnement, avec environ 3 % des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, sans compter ses effets sur la biodiversité.
L’enjeu est immense car les États, via l’Organisation maritime internationale (OMI), ont fixé l’objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050 avec des étapes intermédiaires ambitieuses. Outre la recherche de carburants alternatifs moins polluants mais qui n’offrent qu’une décarbonation partielle, assortie d’autres conséquences environnementales, les initiatives se multiplient pour développer la propulsion vélique, autrement dit l’utilisation du vent pour propulser les navires.
Le vent comme moteur de la décarbonation
Nous vous présentions dans Liberté Actus comment la Chine mise sur le vent pour verdir les pétroliers en s’appuyant sur des navires marchands hybrides, combinant moteurs conventionnels et propulsion éolienne. Des initiatives proposent d’aller encore plus loin en misant sur des voiliers-cargos conçus pour naviguer presque exclusivement grâce à leurs voiles. C’est par exemple le cas de l’entreprise Towt (TransOceanic Wind Transport), basée au Havre, premier transporteur français de marchandises à la voile.
Towt opère des liaisons transatlantiques grâce à ses deux voiliers, qui seront complétés progressivement par six autres en 2026 et 2027. Si les volumes transportés sont bien inférieurs à ceux des immenses cargos au fioul, ils restent tout de même intéressants avec une capacité de transport de 1 090 tonnes de marchandises par voilier. Towt assure par exemple un départ mensuel direction New York, ce qui représente, d’après l’entreprise, environ 500 tonnes de CO₂ évitées à chaque voyage.
Une véritable dynamique industrielle s’amorce, impliquant déjà 3 usines et 1 100 emplois sur le sol français. Cependant, le secteur rencontre des difficultés liées au cadre juridique en place et même parfois à ce qui peut s’apparenter à des coups de canif dans les voiles.
Alors que les armateurs de navires de commerce sous pavillon français bénéficiaient jusqu’ici d’exonérations de cotisations patronales, la loi de financement de la Sécurité sociale entrée en vigueur le 1er mars 2025 a mis fin à ce dispositif pour les navires de transport de marchandises, excluant de facto les voiliers-cargos. Cette mesure soudaine imposée par 49.3 a fait exploser les coûts pour une industrie naissante et a poussé Jean-Paul Lecoq, député PCF de Seine-Maritime et soutien de longue date de l’industrie vélique, à réagir « Je ne suis pas un adepte de ces exonérations de cotisations mais ici, pour soutenir cette filière vertueuse à se lancer, il n’y a pas d’autre voie, du moins temporairement. »
Une reconnaissance juridique encore en attente
Le député havrais raconte même avoir interpellé Agnès Pannier-Runacher, ancienne ministre de la Transition écologique et de la mer : « elle m’a dit, c’est une grosse connerie, on ne l’a pas vue passer » (sic). Depuis, un travail transpartisan est accompli à l’Assemblée nationale. Cette semaine, des amendements ont été adoptés lors de l’examen du projet de budget de l’État pour 2026 pour soutenir la filière grâce à différents dispositifs fiscaux comme le suramortissement vert, et ce, malgré l’opposition des élus RN.
Une loi, largement soutenue à travers l’hémicycle, est également en préparation afin d’octroyer une véritable définition juridique et reconnaissance de la spécificité de la propulsion vélique par rapport aux modes de propulsion beaucoup plus polluants. Cela permettrait au secteur de prétendre à des exonérations fiscales propres, en plus des différents dispositifs d’aide que prévoit la proposition de loi.
Comme souligné par Jean-Paul Lecoq, ce texte « favoriserait la décarbonation du transport maritime et pérenniserait la filière vélique industrielle et émergente, en s’appuyant sur un savoir-faire français déjà actif et mis en valeur dans certaines compagnies de voiliers-cargos ». Mais à ce stade et malgré l’urgence soulignée par les acteurs du secteur, aucune date n’a encore été fixée pour son examen en séance publique.