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PPE3

La France toujours sans boussole ni stratégie énergétique

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Mise à jour le 7 novembre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Industrie Nucléaire Énergie

Alors que la troisième édition de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3), qui devait fixer les grandes lignes de la politique énergétique française pour la période 2025-2035, en gestation depuis 2021, reste bloquée, la France se retrouve privée d’un cap énergétique pour affronter la crise climatique, sécuriser son approvisionnement et relancer son industrie.

La PPE est l’outil central de pilotage de la politique énergétique française : elle fixe, pour chaque filière – nucléaire, renouvelables, gaz, chaleur, mobilité – les volumes de production et de consommation visés, les rythmes d’investissement et les trajectoires de réduction de la part des énergies fossiles (de 60% à 30% d’ici 2035).

La PPE3 doit entériner la relance de la filière nucléaire française

Dans le projet publié par le gouvernement cet été (amendé par rapport à la version mise en consultation au printemps), on trouve notamment : pour le nucléaire, le maintien de 56-57 réacteurs et une production d’environ 360 TWh à horizon 2035 avec le lancement de 6 nouveaux EPR2  ; pour le photovoltaïque, un objectif de 54 GW en 2030 (au lieu de 60 GW) et entre 65-90 GW en 2035  ; pour l’éolien terrestre : 33-35 GW en 2030, 40-45 GW en 2035  ; pour l’éolien en mer : 4 GW en 2030, 18 GW en 2035.

Elle prévoit une montée en puissance des filières chaleur renouvelable, biogaz, hydrogène et une dimension « flexibilité » renforcée (stockage, gestion de la demande). Le texte gouvernemental prévoit également un renforcement de l’électrification des usages via des investissements d’Enedis sur le réseau.

Entre les lignes, la lecture du projet de PPE3 permet de déceler les incertitudes du gouvernement et de l’administration sur la place du biogaz, utile à la décarbonation et très soutenu par les collectivités et les filières agricoles mais au coût exorbitant pour la collectivité par rapport au gaz fossile. L’hydrogène est également laissé au milieu du gué en raison des incertitudes persistantes sur la maturité technologique des électrolyseurs et sur les réels débouchés pour ce vecteur d’énergie.

La version précédente, la PPE2 (2019-2028), est devenue en grande partie obsolète en 2022 du fait de l’annonce du gouvernement de relancer la filière nucléaire française : la PPE2 visait jusqu’ici une réduction progressive de la part du nucléaire dans le mix électrique français, fixant l’objectif à 50% d’ici 2035 et planifiant la fermeture de plusieurs réacteurs. Par rapport à la PPE2, au-delà du virage en faveur du nucléaire, la PPE3 révise à la baisse certains objectifs comme le photovoltaïque et l’hydrogène, stabilise les objectifs concernant l’éolien terrestre ou accélère en matière d’éolien en mer.

La tentation d’un passage en force antidémocratique

Au-delà du contenu, c’est la forme de la décision qui est aujourd’hui contestée. Depuis 2024, le gouvernement ne s’est pas caché d’envisager de publier la PPE3 par décret, sans passer par un débat parlementaire complet. Un scandale démocratique pour un texte majeur comme la PPE selon le PCF et d’autres groupes politiques. Dans un pays où la souveraineté énergétique est un enjeu majeur, qu’un exécutif très faiblement légitime s’arroge le monopole d’un texte d’aussi forte portée reviendrait à affaiblir la démocratie et le contrôle populaire. La proposition de loi, déposée en avril 2024 par le sénateur LR Daniel Gremillet, visait à encadrer la PPE en redonnant au Parlement la main sur les grandes orientations énergétiques du pays. Adoptée largement au Sénat, elle traduisait une volonté transpartisane de remettre de la démocratie dans la planification, tout en rehaussant le rôle du nucléaire et en réduisant les objectifs en matière de renouvelable. Mais lors de son passage à l’Assemblée nationale, l’adoption surprise avec les voix de la droite et de l’extrême droite d’un amendement introduisant un moratoire sur le développement des énergies renouvelables a mis un coup d’arrêt au cheminement du texte. Face à cette mesure jugée inacceptable par la majorité présidentielle et une partie de la gauche, le texte a finalement été rejeté en bloc. La proposition est depuis revenue au Sénat, et pourrait figurer prochainement à l’agenda de l’Assemblée, pour l’instant occupée par les discussions budgétaires. À moins que le gouvernement ne décide de passer en force en la publiant par décret.

L’absence de PPE, un vide peut en cacher un autre

Le retard de publication de la PPE3 – accumulant plus de deux ans de décalage par rapport à l’échéance initiale – constitue indéniablement un signal inquiétant pour le pays et les filières industrielles. Les acteurs du secteur pointent l’absence de visibilité pour engager des projets, le gel des appels d’offres, l’incertitude sur la rentabilité et la pérennité des investissements. Sur le plan écologique, le recul ou la stagnation des objectifs compromettent la trajectoire vers la neutralité carbone en 2050 : la planification est le pilier d’une transition sérieuse.

Les péripéties autour de la PPE3 illustrent non seulement l’absence cruelle d’un réel État planificateur, mais également le très faible niveau du débat politique autour des questions énergétiques, tant les postures caricaturales l’emportent sur les véritables enjeux. Le débat est également phagocyté par les différents lobbies de secteur de l’énergie, fossile comme renouvelable. Le changement de braquet du gouvernement s’agissant du nucléaire est un moindre mal, mais que de temps perdu et de gâchis irréversible avec la fermeture de Fessenheim  ! Les lacunes de la PPE3 préparée par un gouvernement qui ne renoncera pas au dogme libéral sont par ailleurs nombreuses. Absence de remise en cause du cadre européen des marchés de l’énergie, rien sur le parasitage du secteur stratégique de l’énergie par des acteurs étrangers ou purement opportunistes, évidemment aucune orientation en faveur de la constitution d’un grand pôle public de l’énergie, réclamé par le PCF et condition indispensable pour redonner à la France sa souveraineté énergétique et donc industrielle.

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