Le choix a été confirmé par Polskie Elektrownie Jądrowe (PEJ), la société publique chargée de la construction de la centrale de Choczewo, sur la côte nord du pays. Trois ensembles turbine-alternateur « Arabelle », accompagnés de l’ensemble des systèmes du cycle eau-vapeur, équiperont les trois réacteurs du site. Un cœur industriel lourd, au sens propre comme au figuré : chaque ligne de turbine-alternateur atteindra près de 70 mètres de long.
Ce projet, approuvé en 2023, marque un tournant stratégique pour Varsovie. Longtemps dépendante du charbon, la Pologne entend bâtir un parc nucléaire capable de couvrir à terme près de 30 % de son mix électrique. La première centrale comptera trois réacteurs de technologie américaine AP1000, pour une puissance totale de 3 750 MW. La mise en service de la première unité est désormais attendue à l’horizon 2033, après un démarrage des travaux prévu au milieu de la décennie.
Une transition énergétique sous contraintes industrielles
Derrière l’annonce, c’est toute une équation industrielle et géopolitique qui se dessine. Si la Pologne a fait le choix d’un réacteur américain, elle n’en reste pas moins dépendante de compétences européennes clés pour les équipements lourds. Les turbines Arabelle, déjà déployées sur de nombreux sites nucléaires dans le monde, constituent l’un des maillons les plus sensibles de la chaîne de valeur.
Le consortium Westinghouse-Bechtel dit vouloir « acheter là où l’on construit ». Une partie de la chaîne d’approvisionnement doit donc être polonisée, avec la promesse de transferts de compétences et d’un renforcement du tissu industriel local.
Pour Arabelle Solutions, le contrat polonais confirme un retour en force sur la scène internationale, après des années de recomposition de la filière nucléaire française. Pour Varsovie, il s’agit d’un pas décisif vers une sortie progressive du charbon, dans un contexte marqué par les tensions énergétiques et le retour assumé du nucléaire dans les stratégies nationales.
Estimé à plusieurs dizaines de milliards d’euros, le projet devra prouver que le nucléaire peut être, au-delà des annonces, un pilier crédible, maîtrisé et durable de la souveraineté énergétique polonaise.