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Sciences vivantes

Les voies solidaires de la biologie

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Mise à jour le 24 octobre 2025
Temps de lecture : 6 minutes

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Santé Science

Comment décrire une rencontre qui date de presque deux milliards d’années, à une époque où le gaz carbonique saturait l’atmosphère terrestre et quand les cyanobactéries, en utilisant l’énergie solaire pour en extraire le carbone, mettaient en péril les protocellules animales en rejetant un oxygène qui leur était toxique ?

On ignore comment se fit la rencontre avec une bactérie capable de leur faire profiter de l’oxygénation de l’atmosphère. Était-ce le hasard ou la recherche de nourriture ? Toujours est-il que cette bactérie s’installa dans le cytoplasme des cellules et s’y trouve encore.

On peut peut-être s’étonner qu’une bactérie réside dans nos cellules depuis une éternité quand, pour persister, il faut pouvoir se multiplier et pour se multiplier, il faut posséder un ADN et des gènes.

Or, le plus surprenant, c’est que dans nos cellules on trouve effectivement, en plus de l’ADN du noyau, un autre ADN et ses 37 gènes dans des organites cytoplasmiques nommés mitochondries. Des organites qui sont de véritables centrales énergétiques qui nous permettent de nous mouvoir et de procurer l’énergie nécessaire à nos besoins.

Faites, par exemple, de l’exercice musculaire et vous multiplierez les mitochondries de vos muscles !

Faites des projets ou tentez de résoudre un problème mathématique, et vos neurones cérébraux seront le siège de la multiplication de ces petites centrales énergétiques qui y consomment quotidiennement près d’un quart des aliments que vous ingérez.

Cette solidarité biologique entre les mitochondries et les cellules animales réalise ce que l’on nomme une symbiose, une association spécifique et durable où les deux partenaires tirent bénéfice de l’association.

On pourrait s’arrêter là, admettre que notre survie est liée solidairement à une ancienne bactérie, ou se contenter simplement de féliciter moralement nos cellules et leurs mitochondries pour leur mariage multi millénaire. Sauf que la curiosité scientifique s’associe très souvent aux progrès techniques et que des chercheurs ont eu l’opportunité d’examiner ces curieux organites dans les microscopes les plus performants du moment.

C’est ce que décrit le Pr Martin Picard dans un article de la revue Pour la Science où il objective les relations étroites entre les mitochondries d’une même cellule et où il suggère avec des arguments sérieux, une communication entre les mitochondries de divers organes par l’intermédiaire de petites protéines qui passeraient sans difficulté la barrière hémato-céphalique. Une hypothèse qui, si elle se confirmait, pourrait être à l’origine de nouveaux traitements pour des tumeurs du système nerveux central, et pour les maladies neurodégénératives du type Alzheimer ou Parkinson.

Mais, le plus curieux dans les descriptions microscopiques de ce chercheur, est qu’il a constaté une étroite solidarité entre les mitochondries qui s’associent en des configurations parallèles pour y réparer leurs déficiences.

En attendant la suite des études du Pr Picard, pourquoi se contenter de notre bactérie millénaire quand nous sommes associés solidairement à chaque instant à des multitudes de microbes qui travaillent pour nous, ou nous protègent, dans les divers microbiotes de notre organisme ? On les trouve dans notre système digestif pour assimiler nos aliments, sur notre peau pour faire barrière aux bactéries infectieuses, et dans tous les recoins de notre corps où ils participent activement à notre bien-être ou à notre survie. Au point qu’on peut même se demander si aux yeux de l’évolution nous ne formons pas autre chose, avec nos microbes, qu’un ensemble solidaire confronté à la sélection naturelle.

Dire qu’il fut un temps où la découverte d’un microbe signifiait un danger à combattre impérativement. Au point qu’une frénésie défensive fut à l’origine d’épidémies de poliomyélite dans des pays où l’hygiène était devenue une obsession. Le manque de rencontres avec des agents infectieux peu offensifs ne stimule pas suffisamment nos défenses, qui se trouveront débordées quand surviendra un danger réel.

Pourtant, notre système immunitaire est perpétuellement aux aguets, prêt à nous défendre de la moindre survenue microbienne. Et pour parler trivialement, quand il n’y a rien à surveiller, il s’ennuie à ne rien faire et finit même par s’en prendre à son propre organisme. Ce qui fait que les enfants élevés dans un environnement trop aseptisé feront plus facilement de l’asthme ou des maladies auto-immunes que ceux qui ont eu des contacts répétés avec les réalités sans grand danger de la nature.

Cela ne veut pas dire qu’il faudrait s’exposer sciemment aux microbes, mais, comme le suggérait Montesquieu, rechercher la perfection peut finir par détruire le but initial. L’utilisation massive d’antibiotiques, tout à la fois disponibles et auréolés de leur efficacité, a conduit, par exemple, à abandonner l’utilisation des virus bactériophages. Des virus très sélectifs, adaptés spécifiquement à leur cible, qui épargnent la flore microbienne des microbiotes, mais qui ne peuvent rentrer dans les critères d’asepsie des industries du médicament.

La surutilisation des antibiotiques est responsable de la survenue d’une résistance plus rapide que la fabrication de nouvelles molécules. Ce qui peut contraindre les médecins à utiliser les « antibiotiques de dernier recours » pour sauver des patients. Une solution hors de portée des pays à revenus faibles, tant ces médicaments sont coûteux et difficiles d’accès.

Ce qui fait qu’actuellement, on « redécouvre » timidement, dans certains pays, l’utilisation de virus bactériophages - la seule issue parfois -, pour sauver le patient ou pour éviter son amputation, dans une sorte d’équilibre permanent entre l’agent microbien et les défenses du malade.

Au vu de ces éléments issus de la biologie et de la médecine, on constate que la recherche est faite d’une succession répétée de questions, de réponses, puis de découvertes, dans un engagement de longue haleine. En couper les investissements, comme le font des sectaires antisciences, met en péril des résultats prêts à être acquis, et les bénéfices prometteurs de thérapeutiques innovantes.

Il est temps, dans l’intérêt de notre planète, d’envisager des voies solidaires pour la préservation de la biodiversité – cette source de connaissances à découvrir, menacée par l’utilisation prolongée des énergies fossiles qui accentue la crise climatique.

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