Une stratégie de contournement qui pourrait redessiner la hiérarchie mondiale du secteur.
Le coût prohibitif de la puissance brute
Pendant des décennies, la puissance des semi-conducteurs a reposé sur une règle simple : graver toujours plus finement. Mais à mesure que la gravure atteint les 3, puis 2 nanomètres, chaque saut technologique devient un exploit d’ingénierie, accompagné de coûts vertigineux. Construire une usine de production en 2 nm demande aujourd’hui plus de 30 milliards de dollars. Quant à la recherche et développement, elle mobilise des montants colossaux : près de 100 milliards de dollars ont été investis en 2022 par les seuls TSMC, Samsung et Intel.
Ce modèle basé sur la performance brute montre ses limites. Les gains de puissance se réduisent, tandis que les risques industriels explosent. De plus, les sanctions américaines bloquent l’accès de la Chine aux technologies de lithographie EUV, en particulier les équipements de l’entreprise néerlandaise ASML. Pékin est donc contraint de trouver des voies alternatives.
Le packaging avancé comme levier d’optimisation
C’est dans ce contexte que le packaging avancé devient central dans la stratégie chinoise. Loin de la logique de gravure extrême, cette approche consiste à assembler plusieurs composants spécialisés dans un même boîtier. Grâce à des interconnexions ultracourtes, les performances globales sont optimisées, tout en contournant les verrous technologiques liés à la miniaturisation.
Les avantages sont multiples : moindre dépendance aux machines critiques, flexibilité de conception, meilleure gestion thermique… mais surtout, un gain économique massif. Le recours au packaging avancé permet de réaliser des économies de plusieurs centaines de millions de dollars en évitant certaines étapes de R&D et de fabrication. Cette approche, plus industrielle que scientifique, correspond parfaitement à l’avantage comparatif chinois : échelle de production, maîtrise des coûts et capital public mobilisé à grande échelle.
Déjà leader dans la production de wafers et de substrats, la Chine investit massivement pour dominer aussi cette nouvelle phase de la chaîne de valeur. Le National Semiconductor Fund, dit « Big Fund », a injecté plus de 100 milliards de dollars depuis 2014 dans les infrastructures et la montée en gamme des acteurs locaux, de SMIC à Huawei.