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Énergie et souveraineté

La Chine débranche NVIDIA, vers une IA souveraine

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Mise à jour le 24 octobre 2025
Temps de lecture : 5 minutes

Mots -clé

Chine États-Unis Intelligence artificielle Guerre commerciale

La décision de Pékin d’interdire à ses entreprises d’acheter des puces NVIDIA n’est pas une simple mesure commerciale. Elle marque un tournant stratégique, celui d’un pays qui veut contrôler à la fois son intelligence artificielle et l’énergie qui la rend possible.

Tandis que les États-Unis misent sur la rentabilité immédiate, la Chine bâtit un modèle planifié, adossé à un réseau électrique robuste et à une vision de long terme.

L’IA, un gouffre énergétique que la Chine veut dompter

L’intelligence artificielle n’est pas immatérielle. Elle consomme déjà plus d’électricité qu’un pays comme l’Argentine. La croissance fulgurante des modèles génératifs et des centres de données entraîne une explosion de la demande mondiale en énergie, estimée entre 1 250 et 1 500 TWh d’ici 2030.

Face à cette contrainte, la Chine a fait le choix de lier son ambition technologique à une stratégie énergétique intégrée. Pékin investit simultanément dans l’IA et dans les infrastructures qui la nourrissent. Son réseau électrique, modernisé et interconnecté, s’appuie sur un mix énergétique planifié, associant nucléaire, hydraulique et renouvelables.

La Chine construit plus de centrales nucléaires que le reste du monde, réunit et contrôle près de 80 % de la production mondiale des “trois nouveaux” : panneaux solaires, éoliennes et batteries. Ces technologies ne sont pas seulement vertes, elles garantissent une électricité bon marché et stable, condition sine qua non d’une IA à grande échelle.

À l’inverse, les États-Unis, malgré leur domination technologique, voient poindre un goulet d’étranglement. Leur réseau électrique vieillissant ne peut absorber la demande croissante des centres de données. Les géants du cloud achètent du gaz pour alimenter leurs serveurs 24 h/24, ce qui accentue la dépendance fossile et les coûts d’exploitation.

Pékin coupe le cordon et planifie l’avenir

L’interdiction d’importer les puces NVIDIA traduit une rupture de dépendance stratégique. Derrière le discours officiel, Pékin redoute l’existence de kill switches – des interrupteurs à distance pouvant neutraliser les puces américaines en cas de crise.

Mais au-delà de la sécurité, ce choix va dans le sens de la politique chinoise renforcée ces dernières années : fabriquer chez soi, alimenter chez soi, maîtriser chez soi.

La Chine parie sur la multiplication de puces locales, moins puissantes, mais produites en masse et coordonnées via des architectures parallèles. Ce pari, inspiré des grands programmes nationaux des années 1980, s’inscrit dans le temps long ; Pékin privilégie la continuité sur la performance instantanée.

À l’inverse, les États-Unis s’enferment dans une logique de court terme. L’économie de l’IA y repose sur une bulle d’endettement privé, des start-up surcapitalisées comme CoreWeave ou OpenAI, et une promesse de rentabilité encore hypothétique.

Sans planification ni politique industrielle cohérente, Washington pourrait se retrouver piégé : une IA rentable à crédit, alimentée par un réseau sous tension et des technologies qu’il ne contrôle plus totalement.

L’avenir de l’intelligence artificielle ne se jouera pas seulement sur la puissance des algorithmes, mais sur la stabilité des réseaux électriques qui les font vivre.

L’IA, un défi énergétique global

  • Consommation mondiale des centres de données (2023) : 530 TWh
  • Projection 2030 : 1 250 à 1 500 TWh
  • Part attribuée à l’IA : de 15 % à 35 %
  • Part du fossile dans l’alimentation électrique mondiale : près de 50 %
  • Aux États-Unis : demande électrique +25 % d’ici 2030, réseau saturé
  • En Chine : 26 centrales nucléaires en construction, 150 planifiées d’ici 2035
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