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L’État face à ses responsabilités

Redressement judiciaire et centaines d’emplois menacés pour ARC France

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Cathy Apourceau-Poly Industrie Emploi

L’étau se resserre brutalement autour d’ARC. Le verrier historique d’Arques, fleuron industriel du Pas-de-Calais depuis deux siècles, a demandé son placement en redressement judiciaire. Une procédure lourde de conséquences, derrière laquelle se profile une nouvelle saignée sociale : plusieurs centaines d’emplois sont désormais menacés.

Une « nouvelle secousse industrielle », comme l’a qualifiée le Parti communiste français dans le Pas-de-Calais. Mais certainement pas une surprise. Depuis des années, les alertes se succèdent, les effectifs fondent, les outils s’éteignent les uns après les autres. Au début des années 2000, l’usine d’Arques comptait près de 13 000 salariés. Ils étaient encore environ 6 000 en 2010. Aujourd’hui, ils sont moins de 4 000. En une génération, plus de deux tiers des emplois ont disparu, sans qu’une trajectoire industrielle réellement stabilisée n’ait jamais été sécurisée.

Alerter, proposer, être ignorés

Face à cette situation, la sénatrice communiste du Pas-de-Calais Cathy Apourceau-Poly a une nouvelle fois interpellé le Président de la République. Dans son courrier, la parlementaire rappelle qu’elle n’a cessé, depuis des années, d’alerter l’État sur la fragilité structurelle du groupe, sur l’érosion continue de ses effectifs et sur les conséquences de choix financiers et industriels de court terme.

Depuis 2019, l’État a pourtant massivement soutenu Arc. Près de 200 millions d’euros ont été mobilisés sous forme de prêts, d’aides exceptionnelles et autres mécanismes. À plusieurs reprises, les élus communistes et Fabien Roussel ont proposé une alternative : transformer ces créances publiques en une entrée de l’État au capital, afin de peser sur les choix stratégiques et d’inscrire l’entreprise dans une logique de long terme, en lien avec les salariés et les territoires. Ce choix n’a pas été retenu. L’État a préféré effacer une partie de ses créances, sans contrepartie sur la gouvernance, tandis que la valse des actionnaires se poursuivait.

Aujourd’hui, la direction d’Arc parle d’un « environnement de marché profondément dégradé » et assume la nécessité de réduire encore les effectifs. La baisse de la consommation, l’inflation, la flambée des coûts de l’énergie ont frappé de plein fouet l’entreprise, déjà fragilisée par des difficultés chroniques depuis les années 2000. À cela s’ajoute une concurrence internationale féroce.

Une sortie de crise sous contrainte ?

Dans ce contexte, un projet de reprise porté par Timothée Durand, petit-fils de l’ancien patron emblématique Jacques Durand, doit être présenté. La direction le qualifie de « réaliste » et « financé ». Le ministre délégué à l’Industrie, Sébastien Martin, assure pour sa part que « l’État sera attentif aux conséquences humaines et sociales ». Reste une question centrale : jusqu’où ?

Car le temps des demi-mesures semble révolu. L’État peut-il encore se contenter d’accompagner, plan après plan, la réduction de l’outil industriel et la disparition des savoir-faire verriers ? Ou assumera-t-il enfin une responsabilité pleine et entière dans l’avenir de ce site stratégique ? Pour les communistes, toutes les options doivent être examinées, sans tabou, pour garantir l’avenir industriel d’Arques, préserver les emplois et transmettre des savoir-faire rares.

À Arques, ce n’est pas seulement une entreprise qui vacille. C’est un pan entier de l’histoire industrielle française qui se joue, et avec lui la crédibilité d’une politique industrielle trop souvent faite de renoncements. Les salariés, eux, n’ont jamais cessé de payer le prix des mauvais choix. Ils attendent désormais autre chose que des promesses.

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