En France, 87 % des trains arrivent à l’heure et les usagers se plaignent. À juste titre. Outre-Rhin, ce taux est de 63 % et les usagers désertent les gares. Depuis plusieurs années, la Deutsche Bahn s’enfonce dans une dégradation de la qualité de son service, entre manque chronique de matériels roulants ou de cheminots, austérité budgétaire et sous investissement dans le réseau ferré. L’Euro de football en a fait la démonstration devant tout le continent : supporters arrivant à la fin des matchs, joueurs perdus sur le réseau. Le Spiegel, grand hebdomadaire de gauche, a ainsi traduit en 21 langues « excusez-moi » lors de la compétition…
Il manque 40 milliards d’euros pour remettre en état les voies et un plan massif d’embauches de conducteurs, sans compter les 30 milliards de dettes à éponger. Il faudra également renouer avec la confiance des usagers, ce qui est loin d’être une mince affaire. La situation est le fruit d’années de sous-investissement de la part de l’État, actionnaire unique, mais trois éléments récents ont conduit à faire de 2023 une année catastrophique : une grève historique des cheminots allemands, dont le PDG Richard Lutz, estime qu’elle aurait coûté 300 millions à elle seule, les évènements climatiques extrêmes impactant le réseau et la flambée des coûts de l’énergie.
La vente du joyau…
Dos au mur, le gouvernement Scholz a lancé un plan de sauvetage de la compagnie à 45 milliards d’euros… que la Cour constitutionnelle a raboté à 30 à l’automne 2023. Le plan présenté par le Ministre des Transports et du Numérique, issu des rangs du FDP (parti libéral), Volker Wissing, est radical : 30.000 suppressions de postes, des économies dans tous les domaines et un point trimestriel des résultats de l’entreprise. Mais surtout, le plan tient à la vente de la filiale DB Schenker, 4ᵉ entreprise de logistique mondiale au Danois DSV ce vendredi 13 septembre pour 14,3 milliards.
DB Schenker, équivalent germanique de Geodis, la filiale de la SNCF, était pourtant l’un des rares segments du groupe à ne pas être déficitaire. La stratégie de vente au privé du joyau de la couronne pourrait s’avérer délétère dans les années à venir, y compris en favorisant une concurrence directe entre rail et route. L’avenir du premier groupe ferroviaire d’Europe est en jeu, tout comme la capacité du gouvernement berlinois à tenir ses engagements en termes de décarbonation des transports au pays de l’Autobahn. Les cheminots mettent en garde depuis des années sur la possibilité d’un tel scénario en France, dont la SNCF est elle aussi minée par les dettes et le sous-investissement, on en connaît maintenant les résultats grâce à l’Allemagne.