Point notable : pendant que les autorités néerlandaises évinçaient un PDG chinois sous la pression directe de Washington, Donald Trump terminait de négocier une trêve avec la Chine. Un « coup de billard à trois bandes » dont la Maison-Blanche a le secret, mais qui pourrait, cette fois, mettre à mal les pays européens pour longtemps.
L’origine de la crise, en quelques lignes
Début octobre, le gouvernement néerlandais a pris le contrôle de Nexperia, propriété de la société chinoise Wingtech, à l’aide d’une loi d’exception qui n’avait jamais été utilisée en 73 ans. Une décision prise directement sous la pression de Washington, selon de nombreuses sources.
Nexperia fabrique des composants qui ne coûtent que quelques centimes, mais qui sont indispensables à presque tous les appareils électriques, et omniprésents dans les voitures.
En réponse, Pékin a suspendu les exportations de puces produites par la filiale chinoise de l’entreprise.
Toute l’industrie automobile en alerte maximale
Selon un rapport réalisé par Prewave pour le journal allemand Handelsblatt, toutes les entreprises européennes du secteur de l’aérospatial et de la défense utilisent des puces Nexperia fabriquées en Chine. D’après cette étude, la dépendance est de 95 % dans le secteur de la construction mécanique, 86 % dans celui des technologies médicales, et près de la moitié de la filière automobile s’approvisionne en semi-conducteurs Nexperia chinois.
Les dirigeants européens se veulent rassurants, mais peinent à cacher leur inquiétude et le désarroi des industriels. Bosch, l’un des principaux équipementiers automobiles, se prépare à mettre en chômage partiel une partie des 14 000 salariés de son usine de Salzgitter. Même son de cloche chez Volkswagen, qui a toutefois réussi à maintenir son activité la semaine dernière.
ZF, autre leader de la sous-traitance automobile, a également réduit sa production dans son usine de Schweinfurt en raison d’une pénurie de composants Nexperia, selon Bloomberg. Le groupe dément à demi-mot, évoquant des adaptations « plutôt dues à la fluctuation de la demande des clients ».
Stellantis, de son côté, a mis en place une cellule de crise — que Reuters décrit comme une véritable « salle de guerre » — pour suivre au jour le jour les évolutions de la crise et anticiper les pénuries potentielles de puces.
De l’autre côté de l’Atlantique, au Brésil, la crainte est la même. Uallace Moreira, secrétaire au ministère brésilien du Développement et de l’Industrie, a averti qu’un « arrêt de la production est à prévoir d’ici deux à trois semaines pour certains constructeurs automobiles ».
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Nul doute que les autorités brésiliennes chercheront à négocier directement avec leurs homologues chinois pour éviter le pire.
Honda a temporairement arrêté sa production dans une usine mexicaine et commence à ajuster ses activités aux États-Unis et au Canada, a annoncé le porte-parole du groupe mardi dernier.
Guillaume Cartier, directeur de la performance chez Nissan, affirme quant à lui que le constructeur est « en mesure de tenir jusqu’à la première semaine de novembre » avec ses stocks de puces.
Après, il n’y a plus aucune visibilité.