Un rapport du 28 août 2025 publié par la Commission européenne, uniquement en anglais, et intitulé « rapport sur les contrôles des produits entrant sur le marché de l’UE » révèle une situation de fragilité aux frontières de l’Union européenne. De l’aveu même des services de la Commission européenne, les marchandises sont de moins en moins contrôlées à l’entrée dans l’Union européenne.
Moins de 1 article sur 10 000 contrôlé
Selon la Commission, « les importations [sur la période 2022-2024] ont augmenté plus vite que les capacités de contrôle ». Ce phénomène est la conséquence de deux dynamiques opposées, d’un côté l’explosion des articles importés, notamment par le développement du commerce en ligne (e-commerce) et de l’autre la stagnation voire la baisse des moyens de contrôle aux frontières. En France, par exemple, les effectifs de la douane sont passés de 25 000 douaniers en 1993 à 16 500 en 2024 alors que dans le même temps les flux de marchandises ont été multipliés par quatre dans le cadre de la mondialisation des échanges.
Si la situation est particulièrement alarmante avec les chiffres de 2024, la tendance depuis 2022 montre une forte dégradation des taux de contrôle. En 2022, le nombre d’articles contrôlés était de 203 sur 1 million, contre 82 en 2024.
Des pistaches à la cocaïne
Ces contrôles doivent permettre de vérifier que les produits répondent aux normes fonctionnelles, techniques, de sécurité, sanitaires et environnementales définies par les législations européennes. Cela doit permettre de protéger à la fois les consommateurs européens et l’environnement. Par exemple, ces contrôles viennent vérifier qu’un jouet n’est pas dangereux pour la santé des enfants avec des parties qui pourraient se détacher, qu’une pièce automobile est conforme et ne va pas générer une panne voire un accident ou encore que les pistaches importées ne contiennent pas une présence de pesticides supérieure à la norme pour protéger la santé des consommateurs.
Au-delà même des questions techniques, sanitaires et environnementales, ces contrôles sont aussi importants pour assurer une équité de traitement entre les producteurs nationaux et européens contraints de les appliquer lors des process de production et ceux qui se trouvent hors du territoire de l’Union européenne.
En plus du respect des normes des produits importés, il y a aussi un risque de présence de marchandise de fraude comme les contrefaçons ou la drogue. L’Union européenne, et singulièrement la France, étant concernées ces dernières années par une explosion du trafic de cocaïne. Plus de 53 tonnes de cocaïne ont été saisies en France en 2024, un record et une hausse de 130 % par rapport à 2023 (23 tonnes) qui était déjà une année en forte croissance.
Ce tsunami blanc impacte la santé de la population et génère de la violence avec 110 morts et 341 blessés attribués au narcotrafic en France en 2024, selon le ministère de l’Intérieur. Le fait que les prix de revente de la cocaïne n’augmentent pas, voire continuent de baisser (contribuant à sa démocratisation), indique que les quantités saisies sont la partie émergée de l’iceberg.
La Commission européenne reste bloquée dans son logiciel fédéraliste et libéral
Pour la Commission, les améliorations doivent passer par « une meilleure coopération entre les douanes et les autorités de surveillance du marché » et une « transformation numérique » notamment pour les pratiques de ciblages des marchandises à contrôler.
Sans surprise de la part de cette institution supranationale, les modalités de mise en œuvre proposées sont synonymes de fuite en avant fédéraliste. La gestion des données et les outils informatiques de ciblage échapperaient ainsi en partie aux administrations nationales. Ces solutions, en plus de constituer des atteintes à la souveraineté nationale des États membres, risquent de demeurer largement inefficaces opérationnellement.
En effet, la mise en œuvre d’une vraie politique de sécurisation aux frontières de l’Union européenne, voire aux frontières nationales, implique plus de moyens de contrôle (humains et techniques) et une volonté d’augmenter le taux de contrôle. Mais ces deux paramètres viennent percuter de front deux des dogmes promus par les institutions européennes que sont : l’austérité budgétaire et la promotion du libre-échange sans limites.